M’hammed Grine : «Le Maroc dispose actuellement de tous les ingrédients pour la réforme de la retraite»
La protection est une réelle opportunité, même en temps de crise, car il ne s’agit pas uniquement d’une protection, mais également d’une épargne.
Actuellement, le défi est d’harmoniser les actions de tous les acteurs en les inscrivant dans une stratégie et une gouvernance intégrées.
Pour cela, il faut un système d’information et des données précises sur la population cible.
Concernant la réforme de la retraite, M’hammed Grine, Président délégué à l’Institut et à la Fondation CDG, rassure : c’est une décision qui peut sembler impopulaire, mais il n’en est rien.
– Finances News Hebdo : Comment est venu le choix de ce colloque international, surtout dans un contexte de pression sociale et paradoxalement, dans un contexte économique où il est difficile de financer l’extension de la protection sociale ?
– M’hammed Grine : En fait, la conjoncture économique n’a fait que mûrir une idée qui existe depuis longtemps au niveau du groupe Caisse de Dépôt et de Gestion. Il faut rappeler que nous avons la tradition d’organiser chaque année un forum sur la protection sociale de manière générale. Durant les deux dernières années, nous nous sommes intéressés plus particulièrement à la retraite, avec l’extension de la couverture retraite. Et c’est tout à fait naturel pour un organisme comme la CDG qui doit aller là où il y a un potentiel. L’on peut considérer l’élargissement de la protection sociale comme une charge, mais nous y voyons une potentialité, la protection sociale, de manière générale, englobant l’aspect protection mais étant également une épargne. Par conséquent, elle est un outil de financement de l’économie. Pour revenir à la question, la conjoncture n’a fait qu’aider à élargir le débat pour qu’il englobe tous les aspects de la protection sociale. D’ailleurs, dans le cadre de ce colloque, une table-ronde a regroupé tous les acteurs nationaux qui touchent à la situation sociale et qui portent les différents mécanismes dans notre pays, notamment RAMED, la compensation, AMO, l’INDH, Tayssir, etc.
– F. N. H. : Justement, comment peut-on imaginer une meilleure coordination entre les différents intervenants pour une action plus harmonieuse et pour éviter les doublons ?
– M. G. : C’est le défi : donner à tout cela un sens et que toutes les actions puissent converger et puissent être complémentaires et non pas être redondantes.
– F. N. H. : La multiplicité des acteurs ne risque-t-elle pas de mener à cette redondance ?
– M. G. : La multiplicité n’est pas une mauvaise chose en soi; ce qui compte, c’est la coordination et l’inscription de tous mécanismes et actions dans une stratégie globale. Il importe de se baser sur un système d’information et d’être en possession des données précises sur la population cible. Par exemple, quand on veut toucher à travers un mécanisme de santé, RAMED, avec des instruments d’aides à la consommation dans la perspective d’une réforme de la compensation, il faut savoir quelle est la population cible et qui doit la gérer. Et pour y parvenir, il faut une coordination et une stratégie intégrées.
– F. N. H. : Ce colloque offre un contenu scientifique de qualité, mais qu’en est-il des recommandations qui émanent de pareille rencontre ? Et surtout des débats entre experts et acteurs ?
– M. G. : L’intérêt de cette rencontre est scientifique mais pas seulement ! Elle regroupe des experts nationaux et internationaux dans les différents domaines de la protection sociale, mais également des acteurs qui partagent leurs expériences avec ces experts. Et qui vont tirer eux-mêmes des conclusions dans leur action, qu’il s’agisse de départements ministériels ou des acteurs de la protection sociale dans notre pays.
Pour ne parler que du Groupe CDG, les résultats de ces travaux vont certainement influencer positivement notre manière d’agir dans le secteur de la prévoyance sociale.
– F. N. H. : Quant à la réforme de la retraite, le Groupe CDG y joue un rôle très important. D’ailleurs il a été impliqué notamment via la commission technique. Aujourd’hui, où en est le projet de réforme de la retraite au Maroc?
– M. G. : En ce qui concerne la réforme de la retraite, il y a lieu de souligner que nous disposons actuellement de tous les ingrédients, puisque les analyses, les études actuarielles et les simulations ont été réalisées. Le Maroc a aujourd’hui tous les éléments nécessaires pour prendre une décision.
Par ailleurs, le contexte politique général s’y prête. Mais cette décision donne l’impression qu’elle risque d’être impopulaire. Personnellement, je ne partage pas cet avis. Parce que cette réforme va apporter un plus et qu’il suffit de communiquer et de bien en expliquer les objectifs pour qu’elle soit comprise et devienne populaire.
D’ailleurs, au-delà de la restructuration des mécanismes de retraite au Maroc à travers trois piliers, (un pilier de base et obligatoire, suivi d’un deuxième basé sur la capitalisation et qui deviendrait complémentaire et également obligatoire et un dernier pilier facultatif); donc, au-delà de cette restructuration, le plus important à prendre en considération est qu’au Maroc 70% de la population ne sont pas touchés. Donc, ceux qui posent le problème démographique doivent prendre en considération que, si l’on élargit la protection sociale aux fonctions libérales et aux travailleurs indépendants, il y aura une nouvelle population jeune qui viendra rafraîchir la structure démographique des régimes de retraite.
Dossier réalisé par S. Es-Siari & I. Bouhrara