Benabdallah au quotidien « Le Soir Echo »: « Nous sommes en train de vider Thomas »

Nabil Benabdallah, ministre de l’Habitat, de l’urbanisme et de la politique de la ville revient pour « Le Soir échos » sur l’état d’avancement du programme VSB à Casablanca, la santé du secteur et sa réponse face à la réaction des promoteurs immobiliers par rapport au produit réservé à la classe moyenne.

Pour Nabil Benabdallah, ministre de l’Habitat, même si la ville de Casablanca accuse un retard dans le cadre du programme VSB, plusieurs avancées ont été notées et le chantier suit son cours.

 

Comment avance le programme Villes sans bidonvilles dans la ville de Casablanca ?

Nous travaillons doucement mais sûrement. La situation est difficile sur Casablanca mais il ne faut pas oublier que nous avons vidé Bachkou, Skouila et nous sommes en train de vider Thomas, sans douleur. Ce sont des bidonvilles historiques. C’est une performance de la faire sans problèmes. Vous savez, l’un des avantages que nous sommes en train de développer, c’est de pouvoir intégrer une bonne partie des populations concernées sur le site lui-même et ça résoudra énormément les quelques blocages que nous pourrions avoir sur certains bidonvilles.

Allez-vous opter pour de telles solutions pour l’habitat menaçant ruine ?

Effectivement, les solutions  in situ peuvent également apporter une solution pour les habitats menaçant ruine. Si on continue à déplacer les populations de ces quartiers menaçant ruine à plusieurs dizaines de kilomètres du centre-ville, il y aura certainement des problèmes. C’est l’approche que nous comptons initier dans le cadre de la politique de la ville. Nous ne sommes pas dans un traitement numérique, mais dans une approche humaine, sociale et économique et en créant du revenu.

Quelles sont les autres approches sur lesquelles vous travaillez ?

Il y a trois mesures phares. Reloger les gens sur place, ce qui est plus intéressant à faire mais ça reste difficile ou encore déloger les gens dans d’autres quartiers. Troisièmement, une partie de la population peut être dédommagée. Sauf que l’État devrait être plus généreux pour indemniser les gens.

Quelles sont les autres outils que vous allez lancer pour remédier à l’habitat menaçant ruine ?

Légalement, il faut un texte de loi bien défini et techniquement, le menaçant ruine présente plusieurs contraintes, d’où notre proposition de création d’une agence nationale correctement outillée en la matière. Cette agence sera spécialisée dans la rénovation urbaine et l’habitat menaçant ruine. Actuellement, le projet de loi de l’habitat menaçant ruine et celui de la création de l’agence est déposé au Secrétariat général du gouvernement. Troisièmement, il faut disposer de plus d’argent. C’est pourquoi nous avons augmenté la taxe sur le sable et le fer à béton. Ça nous donnera quelques centaines de millions de dirhams supplémentaires.

Sur un autre registre, les ventes de ciment ont diminué début 2013, est-ce que le secteur est en perte de vitesse ?

Les ventes de ciment ont peu diminué en 2013 mais le secteur résiste encore. Le fait qu’on assiste parfois à des réductions d’à peine 2 %, c’est très peu significatif vu la croissance à 2 chiffres que le secteur a connue ces dernières années. Il y a encore de la demande. D’ailleurs, avant-hier j’ai signé une dizaine de conventions d’habitat social, ce qui veut dire que l’intérêt est toujours là. Maintenant, l’habitat social répond à une certaine demande. Si cette demande a été satisfaite à 80 % par exemple, cet habitat social va connaître une décroissance. C’est la loi de l’offre et de la demande et on va y arriver. D’où le positionnement de ce secteur sur plusieurs créneaux comme le logement pour la classe moyenne.

Mais les promoteurs immobiliers vont bouder le produit destiné à la classe moyenne dans le cadre de la loi de finances 2013…

Ce n’est pas notre problème si des promoteurs préfèrent plus le profit à autre chose. Tout en sachant que la marge bénéficiaire dans le logement social est très intéressante. C’est vrai que la marge peut être moins importante pour les promoteurs en fonction de l’endroit où ces derniers investissent, mais il y a toujours une marge.

Comment comptez-vous encourager les promoteurs à adhérer à ce produit ?

Il faut recommencer à travailler comme ce qu’on a fait en 2004, c’est-à-dire mobiliser le foncier public et les opérateurs publics. De plus, nous avons toujours la possibilité de traiter avec tous les promoteurs qui ont des projets immobiliers à travers le pays et qui sollicitent des dérogations. Mais aujourd’hui pour avoir des dérogations, ça passe par des négociations. Vous savez, en 2004, lorsque le logement social avait démarré il a démarré timidement, ce n’est qu’en 2010 grâce aux exonérations fiscales, qu’il a y eu le pic, donc soyons patients.

Par Mohamed Amine Hafidi