Abdelouahed Souhail au quotidien ‘L’Economiste’ : « Des ponts doivent être jetés entre les universités et les entreprises »
En matière de résolution de conflits sociaux, Abdelouahed Souhail, ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, pense que le meilleur moyen d’y parvenir ne peut être qu’un «partenariat» cadré par des conventions collectives, à travers des médiations, ou encore des arbitrages
– L’Economiste: Que fait le gouvernement pour l’emploi des jeunes diplômés?
– Abdelouahed Souhail: Le problème des diplômés chômeurs, c’est l’inadéquation de l’offre en matière de profils de diplômés ou de compétences au marché de l’emploi. Or, l’Administration n’est pas en mesure d’assurer du travail à chaque jeune fille ou garçon qui sort de l’université. Par contre, l’économie dans sa globalité, à savoir le secteur public et le secteur privé, peut offrir cette possibilité d’embauche. Et c’est dans cette optique qu’il faut développer des opportunités.
– Comment la tutelle peut-elle favoriser l’adéquation des profils avec le monde professionnel?
– Le travail qui est fait par l’Anapec est à consolider, mais reste insuffisant. Il y a de nombreuses possibilités à étudier en matière de formation professionnelle, des ponts à développer entre les universités et les entreprises, pour parfaire l’éducation des étudiants et leur permettre une insertion réussie dans le monde du travail (stages en entreprise pendant le cursus scolaire par exemple). Il faudrait également initier des programmes pour donner de la visibilité aux étudiants, les orienter et leur montrer quelles sont les possibilités qui s’ouvrent à eux.
– Pourtant les employeurs continuent de se plaindre du manque de compétences des RH…
– L’adéquation formation-emploi est incontournable. C’est la clé de voûte pour tout progrès escompté. On n’a pas le droit, quand on a une offre d’emploi, de ne pas lui assurer une formation adéquate. C’est notre objectif. De même, nous devons préparer nos jeunes et nos moins jeunes à pouvoir acquérir de nouvelles compétences, un nouveau savoir-faire pour pouvoir évoluer dans un monde moderne qui est devenu extrêmement difficile. C’est un grand problème de société et qui a besoin de l’implication de tous pour le résoudre et tracer la bonne voie à nos jeunes.
– Vous venez de tenir à Oujda une réunion avec les inspecteurs du travail et les départements concernés par l’emploi. Quelles en sont les finalités?
– C’est une réunion qui clôture tout un cycle de réunions similaires dans l’ensemble des régions. Elle s’inscrit dans le cadre d’une méthodologie de gestion contractuelle que nous avons mise en place avec les délégations du département de l’Emploi. La finalité étant de lister leurs suggestions et débattre de leurs conditions de travail et sur ce qu’ils souhaiteraient mettre dans leurs contrats. Les rapports réalisés par les inspecteurs du travail et les départements de l’Emploi ont focalisé sur des aspects liés à la législation, les conditions de travail, les rôles des inspecteurs et à leurs statuts si bien juridique que professionnel. Tous les
aspects professionnels ont été soulevés ainsi que les outils que nous mettons à leur disposition, la formation continue, l’aide à la prise de décision, la convergence avec la CNSS et autres.
– On ne peut parler des conditions de travail des inspecteurs sans évoquer leur engagement dans l’amélioration d’un climat des affaires décrié de toutes parts. Avez-vous développé avec eux les mécanismes d’un plan d’accompagnement plus efficace?
– Ces sont des réunions qui font partie de l’amélioration du climat des affaires. Nous essayons de recadrer le rôle de ce ministère dans le dialogue social et dans la paix sociale. Le ministère de l’Emploi peut contribuer avec les autres partenaires sociaux à l’amélioration du climat du travail qui doit être serein. Dans une entreprise, il y a toujours des intérêts qui convergent ou divergent et pour lesquels il faut trouver des solutions. Nous sommes pour un partenariat qui doit être cadré dans des conventions collectives, dans des médiations, dans des arbitrages, dans la prévision des conflits et la manière de les résoudre.
– Et que pensez-vous de la lenteur administrative dont se plaignent plusieurs opérateurs économiques et porteurs de projets et qui impacte négativement ce climat?
– C’est clair que l’espace temps pour l’Administration n’est pas le même que pour l’entreprise, qui a besoin de solutions immédiates. C’est une question qui n’est pas propre à notre pays. Ceci dit, il faut avouer qu’il y a eu beaucoup d’amélioration depuis un certain nombre d’années dans les rapports entre l’Administration et les entrepreneurs, mais il y a encore des progrès à faire.
Propos recueillis par Ali KHARROUBI