Le Pr Louardi à la CFCI de Casablanca : Des réformes pour répondre aux attentes légitimes des citoyens
«Je ne suis pas là pour jouer le rôle du sapeur pompier. Loin s’en faut. Mais pour mener des réformes structurelles et sérieuses dont le Maroc en a énormément besoin. Des réformes ayant pour objectifs de répondre aux attentes légitimes des citoyens», a affirmé le ministre de la Santé, El Housseine Louardi, lors d’une conférence de presse organisée, jeudi soir, par la Chambre française de commerce et d’industrie à Casablanca.
Sans aucun doute, par ces mots, le chef du département de la santé a voulu transmettre un message clair à toutes les brebis galeuse pour leur dire qu’il est là pour travailler, et non pas pour autre chose. Et que les intérêts collectifs priment sur toute autre considération quelle qu’elle soit. Connu pour son franc-parler, le Pr Louardi a aussi souligné que personne n’a le droit de prétendre parler au nom des patients ou de les représenter, tout en mettant l’accent sur le fait que seule l’institution législative est habilitée à remplir cette mission. Démocratie oblige, a laissé entendre le professeur. Dans son intervention intitulée «La politique de la santé et la stratégie du médicament au Maroc», le ministre a tenu de mettre en exergue les impératifs de la politique de son département qui se décline en 5 axes : concrétiser les dispositions de la Constitution, mettre en œuvre le programme du gouvernement, consolider les acquis, répondre aux attentes des citoyens en matière de l’offre des soins et l’accès à l’information et, enfin, établir un climat de confiance. Selon le ministre, pour mettre en place ces impératifs, il faut se doter de trois approches qui sont indispensables. La première porte sur le renforcement des ressources humaines, en qualité et en quantité, la deuxième concerne ce qu’il a désignée par la démocratie sanitaire, basée sur la concertation, le dialogue et surtout la réédition des comptes. En troisième lieu, adopter une démarche médicale systémique afin d’atteindre les objectifs de l’OMS. Certainement, la tâche n’est pas si facile comme le croient certains car, en fin de compte, la réforme de la santé est avant tout tributaire des déterminants sociaux de la santé (eau potable, logement décent, pouvoir d’achat élevé…).
Abondant dans le même ordre d’idées, le conférencier a souligné l’importance du repositionnement institutionnel du ministère chargé du secteur. Autrement dit, le staff médical doit se focaliser uniquement sur les actions de soins. D’où la nécessité d’un partenariat public-privé, a-t-il ajouté. «Il se trompe amplement celui qui veut résoudre les problèmes du secteur de la santé en se contenant uniquement de l’action de l’Etat», a-t- il, martelé. Cela veut dire que l’ouverture des capitaux des cliniques publiques aux investissements privés est une condition sine qua pour réussir la réforme. Et ce n’est pas tout. La réforme du secteur doit également être menée dans un cadre de la régionalisation pour rendre l’action du ministère plus efficiente et la mise en place d’une politique agressive et volontariste des ressources humaines, avec un seul mot d’ordre : l’innovation.
Brouhaha autour du projet de révision de la loi 10-94
Pour dissiper les craintes et les inquiétudes des professionnels de la santé quant au projet de révision de la loi 10-94, El Ouardi a expliqué que le système du partenariat public-privé marche parfaitement dans plusieurs pays du monde. D’ailleurs, environ 68% des Etats ont
déjà adopté cette démarche qui a déjà fait ses preuves. , a-t-il noté en substance. D’autant plus que le projet de loi vise, entre autres, à garantir l’indépendance des professionnels. Il ne s’agit nullement d’une libéralisation pur jus. Car tout projet d’investissement dans ce secteur s’effectuera en fonction des besoins et priorités de l’Etat. Bref, l’Etat demeure et demeurera le régulateur unique du secteur de la santé. Comme quoi, il n’y aura aucunement place au désordre. Le ministre PPS a, en outre, regretté l’attitude de certaines organisations des professionnels de la santé qui ont boycotté, sans avoir raison, les négociations, tout en précisant que «la politique de la chaise vide ne résout aucunement les problèmes». Cependant, il a déclaré que sa porte reste ouverte pour recevoir les doléances et remarques des acteurs concernés et que la décision finale revient au Parlement pour voter ou non ce projet de loi. Sur un autre registre, le ministre s’est attelé sur la politique du médicament de son département, soulignant dans ce sens les efforts déployés par l’Etat pour rendre le médicament plus accessible aux patients. Certes des handicapes persistent encore. Ainsi, il a noté que l’externalisation du stockage du médicament va permettre de maitriser le circuit de distribution et s’assurer de la disponibilité des produits tout en minimisant les déperditions et le risque de péremption. En fait, la crédibilisation du RAMED est inscrite au cœur la politique du gouvernement. Grosso modo, la politique du médicament du département de la Santé se résume en quatre axes : accessibilité et qualité, usage rationnel, pérennité de l’AMO et développement de l’industrie pharmaceutique nationale, indiquant de ce sens que la loi de 1969 demeure obsolète et n’a pas de place dans l’arsenal juridique.
Écrit par Khalid Darfaf (ALBAYANE)