Le ministère de la Santé est décidé à sévir contre les hors la loi, les corrompus et ceux qui ont bénéficié de manière illégale du RAMED
Le Pr El Houssaine Louardi, ministre de la Santé et membre du Bureau politique du Parti du progrès et du socialisme (PPS), a affirmé que son département est décidé à sévir contre tous ceux qui transgressent la loi pour empêcher la réalisation des chantiers ouverts en matière notamment de diminution des prix des médicaments, de l’interdiction faite au personnel de la santé publique de travailler dans des établissements privés, ou du détournement de la mission du régime d’assistance médicale (Ramed).
Le ministre, qui animait mardi soir à Témara une conférence, initiée par le bureau provincial du PPS de Skhirat-Témra sur «La politique de santé au Maroc» et qui s’est déroulée sous la présidence de Rachid Saddik, secrétaire provincial a convenu que le secteur est confronté à de profonds problèmes d’ordre structurel, qui requièrent pour leur solution la conjugaison et la convergence des efforts de tous les secteurs de l’Etat dans le cadre d’une politique volontariste intégrée et complémentaire.
Selon le ministre, la garantie du droit à la santé pour tous ne peut devenir réalité qu’en assurant aux citoyens de l’eau potable, de l’électricité, un habitat décent. Peu importent les médicaments qu’on prescrit à un malade qui vit dans des conditions insalubres, il ne sera jamais en bonne santé.
C’est le cas aussi des habitants dans les zones reculées et sans voies d’accès, qui ne peuvent pas aller à temps se faire soigner dans les hôpitaux construits par l’Etat.
Tous les départements de l’Etat se doivent donc d’intégrer leurs actions respectives pour améliorer le cadre de vie et partant la santé des citoyens selon une nouvelle vision qui permet d’avoir une meilleure visibilité sur l’avenir du secteur de la santé, a-t-il expliqué, soulignant que cela ne peut se réaliser que dans le cadre d’une politique osée et audacieuse.
Evoquant le chantier de la diminution des prix des médicaments, que le pays connaît pour la première fois de son histoire, Louardi a encore une fois dénoncé la cherté des médicaments, surtout pour les larges couches sociales démunies, ajoutant que même les médicaments dont les prix viennent d’être ou seront révisés à la baisse, seront encore chers et inaccessibles pour les pauvres.
Mais c’est déjà un grand progrès de voir les prix des médicaments concernés diminuer dans des proportions de 30 à 70 %, a estimé le ministre, précisant que les résultats des mesures prises dans le décret publié à ce sujet ne peuvent devenir réalité qu’à long terme.
Selon ce décret, a-t-il noté, tous les médicaments seront désormais publiés au Bulletin officiel pour permettre au public de suivre l’évolution de leurs prix non seulement au Maroc mais également dans d’autres pays comme la France, la Tunisie et ailleurs.
C’est surtout cette transparence qui a poussé les adversaires de cette réforme à réagir, a expliqué Louardi, qui n’est dit scandalisé de voir la marge de bénéfice monter parfois à 4700% pour un seul produit au Maroc.
Il s’est en outre arrêté sur les mesures d’accompagnement prévus pour améliorer la situation des pharmaciens dont la marge de bénéfice est passée de 30 à 34%. Il est vrai qu’il faut éviter de se mettre tout le monde à dos en procédant par étapes tout en respectant les priorités définies, a-t-il dit, soulignant la détermination de son département de ne plus faire de cadeaux aux hors la loi et aux corrompus.
C’est ainsi que le ministère a pris des mesures disciplinaires contre 42 fonctionnaires pour leur comportement hors la loi, a-t-il dit, rappelant que l’interdiction faite au personnel médical et paramédical de son département de ne plus travailler dans le privé est irrévocable et décisive pour la réussite du plan de redressement de la situation des hôpitaux pour leur permettre de jouer pleinement leur rôle.
Le ministre a également fait état d’autres chantiers ouverts tels le Plan national des urgences et le Plan national de prise en charge des maladies mentales et psychiatriques, tous deux présentés l’an dernier devant SM le Roi.
Il a par ailleurs fait état de l’avancement de mise en application du régime d’assistance médicale (RAMED) au profit des personnes économiquement démunies, soulignant que des «dysfonctionnements, des manquements et des erreurs» ont malheureusement marqué cette première étape.
Pour mettre fin à de tels dysfonctionnement relevés au niveau de son mode de financement, le département de la Santé envisage d’ailleurs de créer un organisme de gestion de ce régime dont la réussite devra permettre d’améliorer l’accès aux soins de santé et aux médicaments au profit de quelque 8 millions de personnes, a-t-il indiqué, rappelant que plus de 6 millions de personnes bénéficient déjà du Ramed, soit 74% de la population ciblée.
Des bénéficiaires du Ramed ont ainsi pu accéder à des soins importants concernant la greffe de reins, de la moelle et de la cornée ou la chirurgie cardiovasculaire, a-t-il dit.
Il a par ailleurs annoncé que des mesures légales ont été prises contre 220.000 bénéficiaires du Ramed, titulaires également de la carte de l’AMO, en vue d’obtenir d’eux le remboursement des dépenses couvertes par le Ramed.
Abordant le manque de bonne gouvernance et de transparence dans la gestion des établissements publics de santé, le ministre s’est dit scandalisé par le phénomène de la corruption qui ronge ce secteur, qui concerne la santé des citoyens, laquelle n’a pas de prix.
Et le ministre d’affirmer de manière ferme que ceux qui seront pris en flagrant délit de corruption paieront cher de leur acte. On ne badine pas avec la santé des citoyens, a-t-il dit, sous les applaudissements nourris d’un public, n’ayant pas hésité à manifester de manière spontanée et directe son soutien et ses encouragements au ministre de la santé, pour poursuivre son œuvre de redressement du secteur.
Écrit par M’Barek Tafsi (ALBAYANE)