Le Maroc de l’économie verte est en marche
Nabil Benadbellah : l’économie verte occupe désormais une place de choix dans l’alternative progressiste du PPS
Moulay Ismail Alaoui : toute croissance verte doit en premier lieu viser à réhabiliter le monde rural
Morad El Ghazzali : avancer le débat sur les enjeux de la croissance verte au Maroc et les défis
Abdelahad Fassi : revoir le modèle de développement en place
Hakima El Haite : le Maroc est l’un des rares pays à avoir constitutionnalisé le droit à l’environnement
Abderrahim Hafidi : le Maroc est appelé à relever une série de défis
Pr Abderrahim Kasri : Assurer une meilleure harmonisation des politiques publiques
Le secrétaire général du Parti du Progrès et du socialisme (PPS), Mohamed Nabil Benabdellah, également ministre de l’Habitat et de la politique de la ville, a affirmé que l’économie verte tient désormais une place de choix dans l’alternative progressiste que le parti propose au débat dans son projet de plate-forme économique, sociale et culturelle du 9e Congrès national du PPS, prévu les 30, 31 mai et 1er juin 2014 à Bouznika.
Ouvrant vendredi soir à Rabat une conférence nationale, la 3e du genre, initiée par le Forum des ingénieurs du PPS (Espace de l’Ingénieur de la modernité et du progrès), sous le thème «Le Maroc de l’économie verte», le SG du PPS a rappelé qu’à l’instar d’ailleurs des autres partis politiques, sa formation politique n’accordait pas à la problématique de l’environnement l’intérêt qu’elle mérite. Les débats en cours au sein du parti ont montré qu’on ne peut plus occulter une question aussi fondamentale et cruciale que celle de la préservation des ressources environnementales du pays, à travers leur protection et leur exploitation rationnelle, a affirmé Benabdellah. Ces ressources sont rares et menacées d’épuisement, a-t-il relevé, notant que le projet du document économique, social et culturel du 9e congrès national du PPS comporte toute une partie dédiée à l’environnement et au développement durable du pays, approche que les participants à ce forum se doivent d’enrichir.
Enjeux de la croissance verte
Auparavant, le coordonnateur du Forum de l’ingénieur de la modernité et du progrès, Morad El Ghazzali, modérateur de cette rencontre, avait souligné que les ingénieurs du PPS sont à la recherche de solutions que posent désormais la gestion rationnelle des rares ressources naturelles du pays et leur exploitation pour les besoins du développement durable de la société.
En invitant d’éminentes personnalités et experts et représentants de divers métiers et spécialités, ainsi que de nombre d’associations et organisations professionnelles et des départements ministériels, le forum des ingénieurs du PPS cherche à faire avancer le débat sur les enjeux de la croissance verte au Maroc et les défis qu’elle soulève à tous les niveaux, a affirmé El Ghazzali.
Prenant la parole, Abdelahed Fassi Fihri, membre du BP du PPS a axé son intervention sur le nouveau modèle de développement relatif surtout au volet de la croissance verte, contenu dans le projet de plateforme économique, sociale et culturelle du 9e congrès national du parti.
Pour le PPS, il s’agit désormais de penser au long terme quand on évoque le modèle de croissance économique du Maroc, qui ne cherche qu’à gérer le cercle vicieux du sous-développement, sans jamais réussir à assurer le décollage économique souhaité. C’est pourquoi, et à l’instar d’ailleurs du Conseil économique, social et environnemental (CESE), le PPS estime nécessaire de revoir le modèle de développement en place, en appelant à un retour à un système de planification moderne, démocratique et participative répondant aux besoins actuels et futurs du pays.
Le modèle alternatif de développement souhaité doit avoir comme objectifs d’assurer une industrialisation au service du développement durable du pays et du projet de la régionalisation avancée en cours de gestation.
Il s’agit aussi de promouvoir non seulement un développement durable de l’élément humain, mais également des ressources naturelles et environnementales et ce dans le but d’intensifier la lutte contre la pauvreté tout en veillant sur la protection de l’environnement. La croissance verte se doit aussi de tenir compte des besoins des PME et TPE et de la nécessité d’inciter à la consommation responsable, a estimé Abdelahad Fassi, selon lequel il est également du devoir de tous de développer la solidarité entre les générations et les régions dans le cadre d’un aménagement plus équilibré du territoire national, comme le préconise la Charte de l’aménagement du territoire national.
Planification et convergence
Il est également indispensable de tenir compte des autres composantes que soulèvent la gestion de l’eau et du climat et la corrélation entre la préservation de l’environnement et le développement durable, a-t-il expliqué, ajoutant que le modèle alternatif que propose le parti insiste sur la nécessité de compiler tous les plans sectoriels en présence (eau, climat, environnement) dans un seul document pour les besoins de l’harmonisation de toute programmation et intervention.
Il est également souhaitable de donner la priorité aux actions préventives à travers une meilleure planification des interventions de l’Etat pour assurer aux différentes politiques sectorielles la convergence requise et aux actions des ministères l’homogénéité nécessaire, a-t-il expliqué.
Pour sa part, la ministre déléguée chargée de l’environnement, Hakima El Haite, a d’emblée fait savoir que le modèle de la croissance verte dont on parle a la particularité de n’avoir pas été réfléchi par des économistes mais plutôt par des environnementalistes. L’argumentation d’un tel modèle n’est pas fondée sur des calculs économétriques, mais plutôt sur des considérations environnementales, tenant compte de la forte pression exercée sur l’environnement, la dégradation de la nature et d’autres données négatives dues surtout aux industries polluantes.
Pour le Maroc, a-t-elle dit, il a le mérite d’avoir accordé à la préservation de l’environnement l’intérêt qu’il mérite en se dotant dès 2008 d’une stratégie de l’énergie fondée sur le développement des énergies renouvelables, du Plan Maroc vert dédié à l’agriculture et d’autres plans sectoriels (écologie, climat, eau).
Le Maroc est également l’un des rares pays à avoir constitutionnalisé le droit à l’environnement (charte nationale de l’environnement, votée en janvier 2014), a-t-elle dit, ajoutant que son département a lancé une étude visant la mise en place d’une stratégie de développement durable comptant sur l’exemplarité étatique en matière de protection de l’environnement, outre l’intégration du développement durable dans toutes les politiques publiques.
Sur le plan international, le Maroc fait partie des pays qui plaident pour une croissance verte visant le développement durable de l’humanité avec un appui substantiel des pays développés, qui polluent le plus l’environnement.
Sur le plan interne, la ministre a par ailleurs fait état d’un certain nombre de projets visant notamment la valorisation du travail des quelque 50.000 chiffonniers pour leur participation au recyclage des déchets, l’économie de la consommation électrique en particulier dans le bâtiment, le pompage solaire, et la promotion du grand projet d’Ouarzazate pour la production de l’énergie solaire.
Quant au secrétaire général du ministère de l’Energie et des mines, Abderrahim Hafidi, il a indiqué que le Maroc est appelé à relever une série de défis inhérents à sa forte dépendance pour 84 % de l’étranger pour ce qui de son approvisionnement en produits énergétiques (charbon, gaz naturel, hydrocarbures). Les importations du pays en la matière s’élèvent à plus de 102 milliards de dollars, a-t-il dit.
Pour ce faire, le pays a développé il y a des années le projet d’interconnexion électrique «Maroc-Europe», qui lui a permis d’accéder au réseau électrique européen avec la possibilité pour lui d’importer ou d’exporter de l’énergie électrique et d’adopter son propre modèle énergétique visant la promotion des énergies renouvelables (solaire, éolien surtout).
Il s’agit d’un véritable modèle énergétique spécifique au Maroc, construit sur la base de la réalité marocaine et visant à sécuriser l’indépendance du pays en la matière à travers l’utilisation à bon escient des opportunités qu’offrent au pays l’interconnexion électrique avec l’Espagne, dont la capacité de production dépasse ses besoins, et le lancement de grands projets en matière de production de l’énergie solaire et éolienne dans la perspective d’approvisionner non seulement le réseau interne mais également de chercher le moyen d’exporter une partie vers les marchés africains.
La société civile interpellée
Plus concret, Pr Abderrahim Kasri, a abordé les obstacles qui entravent la promotion de l’économie verte, selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui fait état dans son rapport des retards que le pays accuse en matière non seulement d’assainissement liquide et solide mais également en matière d’urbanisation très consommatrice d’énergie électrique (éclairage, climatisation….)
Il a également précisé que le projet d’économie verte requiert entre autres une plus grande implication de la société civile, la mise en place du projet de la régionalisation avancée outre une meilleure formation des cadres du pays et l’octroi à la recherche scientifique la place qu’elle mérite.
Il est également nécessaire d’assurer une meilleure harmonisation des politiques publiques à travers la réhabilitation du système de la planification de l’action de l’Etat dans tous les domaines, a-t-il expliqué.
Réagissant aux interventions des uns et des autres, Ismail Alaoui, président du Conseil de la présidence du PPS et président de l’Association ADMR (Association pour le développement du monde rural) a estimé que les principales idées développées par Abdelahad Fassi sur le modèle de développement du pays et la nécessité de l’améliorer se retrouvent dans les autres exposés.
Il a rappelé dans ce cadre que la nouvelle Constitution du pays a ouvert de nouvelles perspectives devant le développement du pays, qui reste toutefois confronté à d’autres problèmes liés à son système d’enseignement et de formation, qui ne produit qu’une élite très réduite d’environ 500.000 illuminés, censés piloter l’œuvre de développement du pays.
Il en est aussi de la société civile active, qui ne compte en fait que quelque 30.000 associations crédibles sur les 100.000 recensées à l’occasion du lancement du dialogue avec la société civile, a-t-il dit.
Evoquant les réalisations de l’association ADMR en matière du désenclavement des zones rurales, Ismail Alaoui a affirmé que celle-ci a procédé entre autres à la construction de 30 ponts et à la distribution de 150 fours solaires comme elle mène des actions visant à sensibiliser à la préservation de l’environnement (forêts, eaux, mer, oueds,) et à l’utilisation des matériaux locaux dans les constructions et le bâtiment.
C’est le cas des ponts de l’association ADMR dont les chantiers utilisaient surtout des matériaux locaux et d’anciennes barres de fer gracieusement mises à sa disposition par l’ONCF.
Et Moulay Ismail de souligner que toute croissance verte doit en premier lieu viser à réhabiliter le monde rural à travers des actions solidaires respectueuses de l’environnement et du droit des générations futures d’hériter des ressources naturelles actuelles.
Diverses autres interventions et interrogations ont été faites par les participants à cette conférence au cours du débat ouvert à cette occasion et dont certains ont qualifié d’aberrations architecturales la construction d’immeubles très consommateurs d’énergie électrique (éclairage et climatisation), l’absence du sens de l’exemplarité chez les promoteurs de l’Etat et le très faible rendement de l’enseignement. Des critiques ont été également émises à l’encontre du modèle de développement en place, qui fait perdre au pays de précisieuses occasions de décollage économique.









