Lkorrinti !

Écrit par Mustapha Labraimi – 

Mustapha Labraimi 2C’est par un événement tragique que la mer s’est rappelée aux Marocaines et aux Marocains. Aux abords de l’embouchure de l’oued Cherrat, une plage non gardée a connu la noyade d’un certain nombre de jeunes venus de quartiers populaires de Benslimane pour se détendre et profiter d’une journée ensoleillée au bord de l’océan. Un membre d’une autre famille a connu le même malheur aux environs d’Elouatia, près de Tan Tan. L’émoi est grand; et, on ne peut à ce niveau, qu’exprimer nos condoléances aux familles et implorer la miséricorde pour les jeunes disparus.

Ne pas se laisser emporter par «lkorrinti» à ce propos ne signifie aucunement aller à contrecourant de la volonté populaire, mais c’est la bonne voie pour consolider les acquis démocratiques de notre peuple. Aucune surenchère n’est permise, aucune polémique ne peut être admise à ce sujet. L’usage abusif de l’invective tout azimut, au sein de la Chambre des Représentants et ailleurs, surtout en mélangeant les genres, ne peut aboutir à la sensibilisation nécessaire, ni à la mobilisation constructive pour répondre à des interpellations qui intéressent l’ensemble de la nation et non pas une partie de la population au lieu d’une autre.

Il s’agit d’une partie de notre territoire, sa frange littorale, dont l’intégrité est souvent menacée. A chacun(e) de faire un effort pour que la gestion intégrée des côtes du Maroc ne soit pas seulement l’expression d’une volonté politique en phase avec le vocabulaire en vogue mais une réalité vécue qui s’améliore au jour le jour pour assurer la durabilité des activités littorales dans notre pays, si nombreuses et parfois si contradictoires les unes par rapport aux autres. Des efforts sont à enregistrer, particulièrement en ce qui concerne la législation et la dépollution de secteurs attenants à des grandes villes ou intéressés par un plan d’aménagement.

L’assainissement liquide sera ainsi intercepté au préalable afin que les eaux usées soient prétraitées et reversées ensuite vers la mer. La salubrité de la zone littorale dans son ensemble sera améliorée, notamment celle des plages et des zones où se pratique une conchyliculture naturelle. Beaucoup de polluants proviennent de l’activité humaine au quotidien et menacent la biodiversité de la vie marine, son équilibre et sa productivité. Parfois, l’homme par sa place dans la chaîne alimentaire souffre de la consommation de ses produits de la mer souvent achetés en marge d’un bronzage prolongé ou de l’usage des routes côtières.

Dans un registre parlementaire, et le plus souvent à l’initiative du gouvernement et de sa majorité, des projets de lois sont à l’étude au sein des commissions spécialisées ou ont été adoptés après une deuxième lecture. Pour ne citer que la loi relative à l’exploitation des carrières, sa promulgation prochaine fera table rase d’une législation obsolète datée d’un siècle! Dans l’attente des textes d’application et de la mise en œuvre des dispositions d’exploitation et de contrôle prévues par la législation adoptée, l’espoir est grand de voir l’arsenal juridique concernant l’environnement en général et littoral en particulier se renforcer au plus vite, et que sa mise en œuvre rentre dans la pratique.

On peut aussi prétendre (le rêve n’est pas interdit) à regrouper dans l’avenir l’ensemble des textes régissant l’espace côtier, eu égard à sa spécificité, dans un code spécial où s’intégreront les modalités nécessaires aux activités et aux usages (pêche, urbanisation, ports, travaux de défense contre l’érosion, ramassage des algues, défense nationale, rejets en mer, déchets et pollution, extraction de granulats, loisirs, tourisme, aquaculture, recherche scientifique, camping, caravanning …etc.) à la préservation et à la protection (Sibe, site Ramsar, parcs naturels…etc.). Un ministère pour le littoral !

Toutefois, il n’en reste pas moins que notre connaissance de la zone littorale reste fragmentaire au niveau national. Cette ignorance partielle ne répond pas à la littoralisation accrue de la population, et de ses activités, soit d’une manière permanente ou seulement pendant la période estivale. La valorisation du domaine public maritime, objet d’un appel d’offre courant, doit se baser sur une connaissance approfondie de ses caractéristiques littorales dans leur ensemble. Une connaissance réelle et non pas approchée par des méthodes informatiques où les probabilités calculées prédominent les données de terrain. Il s’agit de celles concernant la marée, la houle, le vent, la dynamique des eaux littorales, la courantologie, la sédimentologie, la biologie, l’écologie, etc.

La nécessité d’une surveillance de tous les jours, et pieds dans l’eau, ne peut que permettre aux Marocaines et aux Marocains de trouver leur bonheur dans les loisirs et les plaisirs liés à la mer tout en préservant les potentialités et l’intégrité d’une zone littorale diversifiée et riche. Gestion des risques, planification des usages doivent guider l’action pour trouver le juste équilibre dans une zone fragile et convoitée.