Délégitimation
Par Mustapha LABRAIMI
Alors que l’Italie n’a pas pu le faire, le Maroc s’est qualifié à la 21ème édition de la coupe du monde de football qui aura lieu en Russie en 2018. Cette réalisation a été fêtée dans la joie et la liesse par tous les marocains à travers le royaume et à l’étranger. Les réseaux sociaux en ont propagé l’écho sous toutes les formes de ces manifestations populaires sensationnelles. C’est alors que certaines voix ont commencé à s’interroger sur le pourquoi et le comment.
Il en est de cette question comme pour d’autres où la priorité n’est pas aussi évidente ou n’apparaissent pas comme telle pour une partie de l’opinion publique. Celles concernant non seulement « le droit à la joie » comme ce fût le cas après le match Maroc- Côte d’Ivoire mais celles relevant de l’appréciation de certaines réalisations dans notre pays.
Il en est ainsi de la ligne à grande vitesse qui, malgré les limites du réseau ferroviaire national actuel, s’inscrit dans un projet d’ouverture vers l’Europe. Encore faudrait-il que la liaison fixe Maroc Espagne voit le jour. Ce dernier projet, initié il y a 38 ans, n’a pas été abandonné jusqu’à présent. Ni même décrié comme c’est le cas de la LGV. Le Conseil économique des Nations Unies y voit dans sa réalisation une opportunité qui « ne manquera pas de valoriser les potentiels de développement ». Devrait-on alors ne pas être en mesure d’assurer la continuité de ce « hub intercontinental » et passer à autre chose dans l’amélioration du réseau ONCF et de la qualité de ses services ? Le même scepticisme a fait que le royaume du Maroc ne commence son programme autoroutier que vers la fin des années soixante-dix du siècle dernier alors qu’il aurait pu le faire bien avant. Maintenant, si la société nationale des autoroutes du Maroc doit faire encore plus d’efforts pour que le réseau autoroutier intéresse encore davantage la population et relie mieux encore les villes du royaume, le réseau des voies express doit aussi se développer autant que l’amélioration des routes régionales, provinciales et communales. Même raisonnement pour les autres réseaux de communication, qu’ils soient par rail ou par avion.
Le lancement du satellite Mohammed VI-A semble aussi avoir sa part de sceptiques sur la souveraineté de son utilisation, la garantie du transfert de technologies pour s’assurer de la maîtrise de son fonctionnement et autres conditions qui semblent découler du bon sens populaire. La réponse à cette incrédulité a été assénée à travers les mêmes réseaux sociaux. Elle se demandait si les marocains devaient remplir toutes les conditions requises précédemment pour se servir d’un smartphone, d’un ordinateur, d’une voiture évoluée …etc. Si le bon sens populaire a ses priorités, l’Etat a ses raisons.
Pour mémoire la construction de la mosquée Hassan II à Casablanca, avec son mot d’ordre « Le trône de Dieu était sur l’eau » avait suscité aussi de la perplexité en son temps connu par sa consistance autoritaire. La contribution de tous les marocains à cet édifice religieux conçu comme le plus haut du monde avait été sollicitée il y a 29 ans. Les contributeurs reçurent une sorte de sérigraphie de la mosquée qui a été gardée jalousement par chacun d’eux. Maintenant, ce chef d’œuvre architectural où le savoir-faire artisanal marocain s’exprime dans toute sa splendeur est l’objet de la fierté des marocains et constitue autant un lieu de recueillement que de culture et de civilisation digne de la grandeur de notre peuple.
Ce scepticisme, cette incrédulité se manifestent associés au populisme et au misérabilisme dont certains veulent à tout prix s’accrocher. La lutte des progressistes ne peut se limiter à discréditer, à condamner et à susciter la répulsion dans un esprit de confrontation qui éloigne du consensus nécessaire à la consolidation du processus démocratique dans notre société clair-obscur. Ce parti-pris idéologique fait que certaines personnes de gauche, vivant mal leur appartenance bourgeoise (d’origine ou nouvellement acquise) et leur mode de vie plus que convenable (bien ou mal obtenu), veulent se donner cet ancrage avec les masses « aliénées » en usant de leur « bon sens » et de leur priorisation dans le besoin quotidien sans la perspective d’une émergence possible, fût-elle dans ce capitalisme exécré. D’autres personnes, de droite et fascisantes, distillent leur haine nauséabonde, malfaisante et intolérante pour faire croire à une identité marocaine qui serait « incertaine, confuse, paradoxale » et qui ne mérite pas « la démocratie » même dans un processus évolutif. Une identité qui manifeste massivement sa joie à l’issue d’un match de foot et qui n’arrive pas à se mobiliser pour l’école, la protection de la famille, la lutte contre la violence, contre la drogue …etc. Un plaidoyer de prédicateur qui prépare à un radicalisme transformateur.
Notre engagement démocratique et progressiste est sensible aux aspirations légitimes des masses populaires et ne les considère pas comme « une plèbe insurgeante » à disposition. Il partage autant leurs joies, leurs fiertés que leurs souffrances et leurs peines. Ni populiste, ni misérabiliste, il transforme les idées en progrès dans la dialectique de la fidélité et du renouvellement en relation avec les contraintes de notre environnement, les besoins nécessaires à la transformation de notre société et le respect de ses fondamentaux.