Chassez le sérieux, il revient au galop …

Par Mustapha Labraimi

Deux sujets dominent très largement dans les discussions pour converger sur ce qui semble constituer la préoccupation majeure des Marocain(e)s. D’une part, les aptitudes de la société marocaine à réussir « le nouveau modèle de développement » et d’autre part, la position hostile du Royaume d’Espagne à l’intégrité territoriale du Maroc.

Le beau texte produit au nom de la Commission Spéciale sur le Modèle de Développement induit immédiatement une interpellation sur le présent subi. Entre le diagnostic des échecs et les propositions pour les dépasser, la réflexion se fixe sur cette « génération covid » et son avenir. Rien n’est fait pour la préparer à faire le saut entre « l’ancien » et « le nouveau ». Elle reste dans l’engourdissement du scepticisme, dans l’attente de la réalisation des promesses. Dans la continuité du « problème agraire », le fellah marocain est maintenu dans ce blocage traditionnel de subordination à la volonté des citadins qui le rend facilement candidat à l’exode. Le « problème de l’emploi » devra-t-il attendre une dizaine d’années pour que le sourire de la première paie remplace le dommage causé par le gel du chômage ? Les cadres compétents et les élites responsables et engagées sont « en voie de disparition » suite à l’érosion du système éducatif et à l’utilisation du « prêt à porter » politique. La crise multiforme de la covid19, avec ses conséquences économiques et sociales, cache le désespoir de celles et de ceux qui attendent le jour où ils reviendront aux pratiques anciennes de l’informel, du petit boulot et d’une vie vivotée. Le problème est présent et nécessite des solutions actuelles pour que la confiance revienne et que la motivation l’emporte sur la méfiance et l’abstention. Les forces vives de la nation sont en marge du changement souhaité car elles ont été écartées de son évolution et de ses bienfaits engrangés par une élégerocratie indécrottable qui cherche encore à se maintenir. Les inégalités sociales, autant que les disparités sociales, s’aggravent malgré les efforts accomplis dans l’infrastructure du territoire et les avancées du processus démocratique dans son cours méandriforme. Leur comblement étalé sur les quinze années à venir, comme le stipule le modèle de développement proposé, donne l’impression que « rien ne presse » et qu’il suffit de revenir à une « planification » qui ne veut pas dire son nom pour aboutir au « Maroc nouveau » convoité. Si cela a le mérite d’exister, il reste à « mettre le levain dans la pâte » pour apprêter la jouissance de services de la société moderne. Entre autres, le pouvoir d’achat de l’ensemble de la population doit s’améliorer pour permettre l’aménagement de débouchés internes aux produits issus de l’activité des différents secteurs appelés à créer la plus-value nécessaire à la croissance et au développement. L’endettement qui ne fait que s’accroitre devra être effacé grâce aussi à une réforme fiscale juste et équitable et non par l’accentuation de l’impôt, sous toutes ses formes et ses appellations, sur les masses populaires.

On ne vit pas que de discours, les actes traduisent les desseins et forgent les volontés. La distorsion entre la réalité et la projection dans l’avenir entrave l’engagement total de la population dans le changement pensé. Dans ce cadre, l’école publique envisagée par le modèle de développement projeté ne se retrouve pas dans la loi cadre 51-17 dont l’amendement est nécessaire. Seul le sérieux est mobilisateur. Seul le sérieux garantit la réussite.

Les impératifs de la relance, de l’émergence et de la consolidation du processus démocratique n’occultent pas le sentiment patriotique des Marocain(e)s qui, sans chauvinisme aucun et avec une grande conscience des défis de la souveraineté nationale, abordent la crise avec le Royaume d’Espagne, provoquée par le comportement brigand de son gouvernement.

Il apparaît des élucubrations de ce dernier que l’Espagne n’a pas viré sa cuti coloniale. Profiter des intérêts que lui offre son voisinage avec le Royaume du Maroc ne suffit pas à lui donner une appréciation juste de la réalité régionale et de son évolution. Elle reste attachée à cette vision élisabéthaine éculée de « réduire en esclavage », par un néocolonialisme affiché et une traitrise confirmée envers le Royaume du Maroc, multiséculaire. Cette politique, basée sur le mensonge et sur des fantômes et leurs fantasmes, ne peut aboutir qu’à sa faillite car elle est basée sur le faux et sur des relents revanchards dissimulés. Elle va à l’encontre de l’histoire et repose sur les « envies » du président algérien Boukharroba et de ses suivants pour mettre le Maroc à genoux. L’épisode « Ben Battouch » montre l’aveuglement de l’Espagne et son dérapage ; niant l’Etat de droit, la transparence et la responsabilité par le gouvernement espagnol. La justice, la vérité annihileront la conspiration dont fait l’objet le Royaume du Maroc.

Les efforts du Maroc à contrer les « envies » de son voisin oriental sont les mêmes qui arriveront à raisonner son voisin septentrional. Fort du droit, de sa légitime volonté de consolider son intégrité territoriale et de la confirmer sur l’ensemble de son espace géographique, armé par son union et par ses efforts de consolider son front intérieur, le peuple marocain vaincra. A l’Espagne de prendre le Maroc au sérieux car à vouloir le « chasser », il revient au galop.