Une initiative de coordination politique ouverte qui aspire à devenir « l’Alternative » à ce qui se passe à présent dans le pays
Réunion des Bureaux politiques du PPS et de l’USFP
A l’issue de leur première rencontre à caractère plutôt présentatif, tenue le 15 décembre 2023 dans le cadre de la dynamique politique positive, créée au lendemain du lancement de la coordination politique entre le Parti du Progrès et du Socialisme et l’Union Socialiste des Forces Populaires, les Bureaux politiques des deux formations ont tenu, mercredi 10 janvier 2024, au siège national du PPS à Rabat, une réunion au cours de laquelle ils ont peaufiné la stratégie de cette action commune.
Cette rencontre fait notamment suite à une série de réunions de la commission mixte composée de membres des Bureaux politiques des deux partis, lesquelles ont porté sur l’examen et l’élaboration des initiatives politiques unitaires à même de contribuer au renforcement de l’action commune dans le cadre de cette initiative de coordination, ouverte aux autres forces et partis politiques nationaux et démocratiques qui partagent avec eux les mêmes aspirations au progrès et au renforcement du processus démocratique dans le pays.
Dans des allocutions introductives, le Secrétaire Général du PPS, Mohammed Nabil Benabdallah et le Premier Secrétaire de l’USFP, Driss Lachgar ont été unanimes à souligner qu’il est du devoir des deux partis d’agir et de faire des propositions, comme ils l’ont toujours fait, pour redresser la situation politique et sociale inquiétante au Maroc, en raison notamment de l’incapacité du gouvernement à être à la hauteur des défis liés à la mise en œuvre des grands chantiers structurants lancés et à la satisfaction des besoins pressants des populations.
Pour les deux dirigeants, il s’agit avant tout d’agir et de proposer les solutions qui s’imposent dans le but de contribuer à faire baisser notamment les tensions sociales qui menacent la stabilité du pays et son œuvre de développement.
Si politiquement, personne n’a contesté les résultats des dernières élections, y compris les deux partis, qui tiennent fermement à la stabilité du pays, ces échéances ont eu toutefois de quoi choquer « moralement », selon Lachgar, après l’introduction en masse dans la course à deux mois de leur déroulement de véritables « barons ».
« Leur présence dans le paysage pose problème et explique la crise du politique », qui se traduit à la fois par « une perte de confiance dans les institutions et par la montée en puissance de nouvelles formes d’expression et d’organisation en dehors des partis politiques », d’après le SG du PPS. Leur intrusion a également créé de « véritables difficultés à des partis sérieux comme le PPS et l’USFP, à leurs dirigeants et à leurs militants», a-t-il reconnu.
Benabdallah : le gouvernement n’accorde aucun crédit aux observations de l’opposition
Prenant la parole, le Secrétaire Général du PPS, Mohammed Nabil Benabdellah a salué l’initiative d’action politique commune des deux partis, qui a créé, selon lui, de grands espoirs et une atmosphère positive au sein des rangs des militants et ouvert la voie à une action unitaire dans le but de redresser la situation, marquée par une action du gouvernement qui n’est pas à la hauteur des défis.
Selon lui, le gouvernement n’accorde peut être aucun crédit aux observations de l’opposition, pensant peut être qu’il est sur la bonne voie et que son action à un écho important dans la société. Il croit peut être que son action a insufflé un souffle nouveau dans la société et que les affaires s’améliorent de plus en plus.
En vérité, le gouvernement éprouve une grande difficulté dans la gestion et la mise en œuvre des visions, qu’il a fait siennes et qui sont en réalité l’œuvre des deux partis parce qu’elles font partie de leur projet sociétal, a souligné Benabdallah.
Outre les erreurs nombreuses qu’il commet, le gouvernement fait preuve d’une incapacité indiscutable, d’une communication presque nulle et d’une présence politique médiocre au sein de la société, a-t-il noté.
La démarche conjointe des deux partis a créé de nombreuses attentes, étant donné que les deux partis estiment qu’il est de leur devoir de prendre une initiative dont l’élaboration et la définition ont été confiées à la commission mixte dans le but notamment de permettre aux deux partis d’organiser une rencontre à débattre avec les membres des deux Bureaux politiques.
Cette initiative politique ou ce cadre politique ouvert et public au sein duquel les deux partis vont se retrouver devra constituer une alternative à ce que se passe à présent dans le pays, car il est inadmissible que le Maroc organisera les élections de 2026 dans les mêmes conditions et surtout « avec les mêmes moyens et les mêmes personnes ». « Nous-mêmes, nous éprouvons beaucoup de difficultés quant au traitement qui est réservé par ces personnes aux militants » quand on les invite notamment à participer comme tout le monde aux élections.
Evidemment, on les avait combattus tout en décriant leur comportement. Malheureusement, ce qui a été déployé durant les dernières élections dépasse l’entendement, a expliqué le SG du PPS, qui a fait savoir que les affaires qui viennent d’éclater au grand jour sur la scène nationale et politique est le résultat de ces pratiques. En deux ans ou moins, un grand nombre d’affaires ont éclaté et probablement de nouvelles autres vont suivre, a-t-il ajouté.
Evidemment, ce qui interpelle aujourd’hui, c’est que seuls les élus et les institutions élues et les partis politiques posent problème, à l’exclusion des autres, selon certains milieux, a-t-il dit. Pour ces milieux, la corruption, la prévarication et les pratiques illégales ne sont commis que par les élus. C’est ce qui aggrave davantage la crise du politique au Maroc, a-t-il estimé, tout en réitérant le vœu des deux partis à assainir la situation dans le pays.
Ce qui aggrave aussi la situation c’est la facilité avec laquelle ces fausses accusations sont généralisées à toutes les institutions dont les partis politiques, qui pâtissent de telles fake news. .
Il est donc de la responsabilité historique des deux partis de mettre les points sur les i et de tirer au clair les choses pour mettre fin à ces pratiques préjudiciables au pays, a-t-il martelé.
La gestion de la crise du secteur de l’enseignement est très révélatrice à ce propos, a-t-il noté avant de poser la question de savoir d’où et comment le gouvernement va-t-il satisfaire les engagements signés avec les syndicats, au moment où d’autres chantiers sont en cours dans le pays.
En dépit de ces signatures, le mouvement de grève des enseignants continue et ce en l’absence de tout encadrement.
Pour les deux partis, ils n’ont rien à se reprocher, d’autant plus qu’ils avaient mis en garde contre l’intrusion dans l’espace politique d’un certain nombre de pratiques et de personnes qui n’ont rien à apporter de positif, en dehors du fait qu’elles vont remplir les rangs d’une majorité numérique. De telles personnes sont dépourvues d’impact et de capacités politiques et ne sont qualifiées pour encadrer la société. Leur présence n’a qu’un effet négatif, a-t-il relevé.
Il s’ensuit que les deux partis sont aujourd’hui appelés à entreprendre cette initiative politique pour mettre en garde contre ce danger et attirer l’attention sur les erreurs commises.
Le satisfecit apparent qui domine est en effet loin de refléter la réalité comme c’est le cas notamment du soutien social direct accordé aux familles pauvres. Au moment où le chef du gouvernement parle de quatre millions de familles censées bénéficier d’un tel soutien, aujourd’hui l’on ne parle plus que d’un million. A travers son annonce, le gouvernement a créé des espoirs qu’il n’est pas en mesure de satisfaire, provoquant ainsi une déception qui risque de dégénérer et donner lieu à une situation explosive, a expliqué Benabdallah.
Au-delà du programme proposé par la commission mixte et la conférence à organiser dans ce cadre et qui est ouverte à toutes les forces et capacités politiques et sociales du pays, a-t-il dit, les deux partis aspirent à ce que « leur Initiative soit l’Alternative » à l’expérience gouvernementale en cours et qui n’est pas à la hauteur des défis auxquels le pays est confronté, a souligné le Secrétaire Général du PPS.
Lachgar : Malgré tous les atouts, le gouvernement piétine…
Selon Lachgar, l’USFP et le PPS ont de tout temps avancé durant leur histoire commune de lutte des initiatives politiques décisives, qui ont eu un impact positif sur le devenir du pays. Ils se sont de tout temps acquittés convenablement de leur devoir en contribuant positivement durant les différentes les étapes d’édification de la démocratie par des initiatives constructives communes. Tout en restant ouverts sur les autres forces démocratiques nationales du pays, les deux partis ont œuvré constamment pour le renforcement de la démocratie dans le pays à travers toutes sortes d’initiatives de réformes politiques et constitutionnelles que le pays a connues, a-t-il ajouté.
Abordant la situation actuelle, il a souligné que le Maroc « se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins », compte tenu de l’hésitation et de la faiblesse qui caractérisent la réalisation des chantiers et des projets lancés et la mise en œuvre de la vision claire de l’Etat. En effet, autant cette vision de l’Etat est claire, autant la mise en œuvre trébuche sur l’hésitation du gouvernement. Cette situation est également marquée par une mauvaise gestion d’un certain nombre de questions politiques et sociales, qui explique l’exacerbation des tensions sociales qui menacent la stabilité du pays et son développement.
Evoquant l’issue des dernières élections, Lachgar a estimé qu’en dépit du fait qu’elles n’ont pas été politiquement contestées, elles ont suscité du point de vue éthique et moral nombre de questions pour les partis démocratiques. C’est ainsi que « le produit issu de ces élections a déçu », a expliqué le Premier Secrétaire de l’USFP. Et pourtant, le Maroc n’a jamais connu un Exécutif aussi chanceux que l’actuel gouvernement, qui bénéficie d’un grand soutien aux niveaux horizontal et vertical, étant donné qu’il dispose d’une majorité confortable au sein des conseils régionaux, provinciaux et communaux.
Malgré cet atout, l’action du gouvernement est marquée par son manque de réactivité à temps et par son incapacité à prendre en temps opportun des décisions sur un certain nombre de questions cruciales pour le pays, a-t-il fait savoir. C’est pourquoi, une telle gestion suscite de nombreuses interrogations et impacte négativement un certain nombre d’institutions élues, qui sont confrontées à une situation de « blocage » aux conséquences négatives sur nombre de projets de développement et d’investissement aux niveaux provincial, régional et national, a-t-il dit.
Après avoir rappelé que l’œuvre colossale accomplie par les deux partis de gauche conformément à leur projet social trouve aujourd’hui son écho dans la majorité des chantiers en cours dans le domaine économique, social et politique, le Premier Secrétaire de l’USFP a indiqué que la gestion de la crise actuelle de l’enseignement illustre clairement le manque de réactivité tardive du gouvernement et son hésitation à prendre au sérieux les revendications sociales.
Les tensions sociales dans ce secteur et ailleurs sont même appelées à s’exacerber, étant donné que les solutions avancées par le gouvernement n’ont pas permis jusqu’à présent de mettre fin au mouvement de grève, laissant ainsi la porte ouverte à la multiplication des mouvements sociaux dans d’autres secteurs de la fonction publique. Et ce malgré le fait que le gouvernement a accordé aux enseignants une augmentation d’environ 35%, laquelle augmentation doit bénéficier à d’autres catégories de fonctionnaires et salariés.
Compte tenu de ce qui précède, a-t-il dit, les deux partis se doivent d’assumer leur responsabilité historique et d’appeler à l’ouverture d’un débat national autour d’un certain nombre de questions décisives et de réformes de lois organiques et ordinaires, y compris la Constitution du pays, treize ans après son adoption.
Pour ce faire, les deux partis se doivent de mobiliser l’ensemble de leurs structures et leurs groupes parlementaires pour mener à bon escient cette tâche, a-t-il proposé.
M’Barek Tafsi





