Abdelahad Fassi-Fihri : «Les lois organiques sont un processus complexe»
[highlight]La Constitution arrive avec de nouveaux acquis qui ne permettent plus un retour en arrière.[/highlight]
Pour Abdelahad Fassi-Fihri, membre du bureau politique du Parti du Progrès et du Socialisme, il est impératif que ce travail se fasse dans la sérénité.
– Finances News Hebdo : Nous avons aujourd’hui un texte constitutionnel qui reconnaît de nouveaux droits à la femme et qui constitutionnalise la parité au Maroc ; est-ce pour autant le gage d’une future amélioration de la condition féminine au Maroc ?
– Abdelahad Fassi-Fihri : La Constitution consacre un certain nombre de droits et libertés, des institutions, des principes de gouvernance etc … C’est une bonne chose puisqu’il s’agit d’acquis et personne ne peut faire marche arrière là-dessus. Maintenant, il faut bien constater que la Constitution est à un niveau et le Maroc en est à un autre, avec ses atouts, sa classe politique, sa société civile, ses élus, son administration …
Le problème qui se pose est de savoir comment faire pour que cette Constitution nous tire vers le haut ! Nous avons un cap, une trajectoire sur laquelle il faut absolument progresser. Mon idée est qu’il est impératif que ceci se fasse de manière progressive avec beaucoup de pédagogie. Il ne faut pas chercher à brûler les étapes ! Et à court terme, il y a l’élaboration des lois organiques. Lors de mon intervention j’ai voulu noter que c’est une tâche complexe que d’élaborer ces lois organiques sur le plan juridique, sur le plan administratif, sur le plan constitutionnel, etc, donc, il faut une sorte d’ingénierie de la forme mais il faut également qu’il y ait l’ambiance politique propice à pareil exercice.
– F. N. H. : Justement, on note que le Gouvernement est assailli de toutes parts…
– A. F.F. : L’opposition est légitime dans la contestation des choix programmatiques et des mesures prises par le gouvernement. C’est incontestable. Nous avons besoin d’une opposition dans l’exercice du pouvoir.
Mais quand cette opposition vise l’expérience gouvernementale en tant que telle, d’ailleurs on l’avait constaté avant même que le gouvernement n’ait encore rien entrepris, cela empêche de gouverner. Et ceci est un peu dangereux car s’il n’y a pas d’alternative crédible, ce n’est pas sérieux aux yeux du peuple et cela peut laisser la porte ouverte à toute une série d’inconnues. Donc, moi j’en appelle au retour à l’esprit du compromis, à l’esprit du consensus pour qu’on puisse avancer dans la mise en œuvre de cette Constitution à travers l’élaboration de ses lois organiques.
– F. N. H. : Parallèlement au WT se tenait une réunion de haut niveau au sein du PPS pour établir un bilan de la participation de votre parti à la coalition gouvernementale. Quelle analyse faites-vous du bilan du gouvernement ?
– A. F.F. : Ce gouvernement a pris ses fonctions dans les conditions que l’on sait: il y a la dureté de la crise économique qui s’est accentuée, il y a un parti qui était dans l’opposition dont on connaît l’histoire, qui découvre les difficultés du pouvoir et qui n’a pas encore abandonné un certain nombre de réflexes liés à son passage dans l’opposition, il y a les attentes sociales extrêmement importantes, il y a la rue qui réclame… Tous ces éléments font qu’il y a toute une série de sollicitations de l’exécutif.
Mais le gouvernement doit garder la tête froide et doit clairement indiquer quel est le cap en matière de lois organiques, l’agenda et les priorités de son mandat. Et puis, nous avons besoin d’un certain nombre de mesures fortes qui montrent que les questions économiques sont prises en charge et qu’on répond aux attentes sociales.
Je pense que c’est le défi de cette rentrée et nous attendons que le gouvernement nous donne un signe fort sur ce plan.
Imane Bouhrara