Mhammed Grine au quotidien « LES ECHOS » : «On ne peut pas être dans la majorité et jouer le rôle de l’opposition»

Les ÉCO :  Les divergences entre les quatre partis de la majorité ne cessent de s’exacerber. Pourquoi selon-vous ?

M’Hamed Grine : Qu’il y ait des divergences sur des questions économiques de fond est quelque chose de fin et même nécessaire. Cela permettrait d’arriver à un consensus pour une position commune. Or, ce qui nous dérange actuellement c’est le faux débat qui s’installe dans le pays, où certains acteurs politiques sont à la recherche du sensationnel. Ceux-là même qui ne cherchent qu’à figurer sur les premières pages des journaux. Mais, ils emmènent le pays sur des questions secondaires voire même artificielles, alors que le débat de fond est à côté. Mais un parti qui ne se sent pas bien là où il se trouve doit quitter cet environnement et être logique avec lui-même. Car, on ne peut pas jouer des rôles contradictoires en même temps à savoir être dans la majorité et jouer le rôle de l’opposition. Et même si demain il y a une petite crise de la majorité, c’est bien pour la démocratie. Car, on saura alors comment fonctionne notre Constitution dans la réalité. Moi, j’invite ces champions du sensationnel à être aussi courageux que les propos qu’ils tiennent et à aller jusqu’à la limite de leur responsabilité. Il faut qu’ils assument les conséquences de leurs actes. Le Maroc n’a pas peur d’une crise gouvernementale. Au contraire, c’est une bonne chose pour l’animation politique et démocratique du pays.

Vous avez parlé des questions de fond qu’il va falloir remettre sur le tapis. Quelles sont ces questions à votre avis ?

Je cite principalement les moyens qu’il faut mettre en œuvre pour créer de la croissance et de l’emploi. Il y a aussi toutes les grandes réformes que l’on a tardé à mener concernant les régimes de retraite. Aujourd’hui, on passe à des choses secondaires au lieu de continuer le débat et de prendre des décisions courageuses. Vous savez, pour la CMR, chaque année qui passe sans réforme correspond à 18 MMDH de perdus. L’autre sujet de fond a trait au système de compensation. Maintenant, tout le monde est d’accord pour ne pas l’enlever, mais on est aussi unanimes sur le fait de le réformer. Il faut aussi savoir comment s’attaquer à la facture pétrolière et à l’indépendance énergétique du royaume. Je cite aussi la réforme fiscale où il y a eu des assises très intéressantes et un débat fructueux. Mais il n’y a pas eu, hélas, d’écho assez important car ce débat ne rentre pas dans le périmètre du sensationnel. N’oublions pas aussi la problématique de l’enseignement qui continue à produire des profils non adaptés aux besoins de l’économie nationale.

Il y a aussi la problématique de la santé où on a commencé à apporter quelques petites solutions ci et là alors que l’on a besoin d’une réforme de fond. Ce sont des volets sur lesquels l’intelligence de notre pays doit s’exprimer pour dégager des solutions novatrices. C’est ici que tous les partis politiques doivent se positionner.

Ne pensez-vous pas que c’est le rôle du chef de gouvernement d’être l’élément fédérateur entre les membres de la majorité ?

Ce n’est pas le meilleur gouvernement, mais il a quand même trois atouts essentiels. D’abord, il est issu de la légitimité des urnes, ensuite il a une volonté déclarée d’apporter les réformes qu’il faut même si cela a un prix politique et enfin, c’est un gouvernement qui croit en sa capacité de changer les choses. C’est vrai que le chef de gouvernement est en même temps le chef de la majorité et qu’il doit avoir un certain ascendant. Mais un gouvernement, c’est un mariage volontaire. Maintenant, si certains veulent y être tout en ayant les gains de ne pas y être, le divorce devient une option légitime.

Par Mostafa Bentak   

*M’Hamed Grine, Membre du Conseil de la présidence  du PPS et fin observateur de la scène politique