Forum du secteur de l’emploi et des syndicats : «Le PPS et la question sociale»

Le secteur de l’emploi et des syndicats rend un hommage posthume à feu Aziz Belal

«Le PPS et la question sociale » est le thème du Forum que le secteur de l’emploi et des syndicats a organisé, samedi à Rabat, avec la participation de responsables du parti, de militants et de spécialistes et ce en prévision du 9e Congrès national du Parti du progrès et du socialisme, prévu les 30-31 mai et 1er juin à Bouznika. Ouvrant cette rencontre, dont il était le modérateur, le coordonnateur du secteur de l’emploi et des syndicats, Noureddine Salik, membre du comité central du parti a rendu un hommage posthume à «un militant unique en son genre et à un intellectuel engagé», disparu il y a 32 ans, qu’est Aziz Belal. A cette occasion, les participants ont observé une minute de silence en la mémoire du défunt, dont les enseignements et l’exemplarité continuent toujours de planer sur la vie du parti et de ses élites. Revenant sur le thème de la rencontre, il a souligné que son choix se justifie par le fait que le développement de la société, la recherche de l’emploi et l’amélioration des conditions de vie des travailleurs outre la démocratisation de la société et le respect des droits des travailleurs et de la liberté syndicale font partie de la raison d’être même du PPS, qui milite depuis 70 ans pour le triomphe des droits du peuple et des travailleurs.

Abdelahad Fassi : Pour un nouveau modèle de développement générateur d’emploi et de justice sociale

Prenant la parole au nom du Bureau politique dont il est membre, Abdelahad Fassi Fihri a indiqué que le projet de plate-forme économique, sociale, culturelle et environnementale du 9e Congrès national du PPS propose un nouveau modèle de développement, étant donné que le modèle en place n’a pas permis de décollage économique, en dépit des acquis réalisés ici et là. Beaucoup de secteurs comme l’enseignement, la santé et d’autres continuent d’être confrontés à de graves dysfonctionnements, privant nombre de citoyens de leurs droits. L’alternative progressiste que le PPS propose vise à remplacer les divers programmes de réparation des préjudices subis par d’autres, fondés sur une approche préventive et prospective contenue dans un plan unique, élaboré de manière participative et démocratique, et tenant compte de toutes les contraintes internes et externes, a-t-il affirmé.   Il s’agira aussi d’un modèle de développement inclusif visant la promotion du Maroc de solidarité et de justice sociale. Le modèle en question devra également viser le renforcement de la compétitivité et l’attractivité de l’économie nationale à travers le développement de l’investissement public et la promotion de l’emploi en apportant aux PME et TPE le soutien nécessaire, a-t-il dit, estimant qu’il est temps d’abandonner la vision selon laquelle le Maroc est une destination low cost en matière d’emploi, étant donné que la démocratie sociale requiert le respect des droits des travailleurs à des salaires décents, à la formation, à la santé, à l’enseignement, la promotion des libertés syndicales et d’un cadre juridique conforme aux recommandations des organisations internationales spécialisées. Pour le PPS, le pays se doit d’adopter une nouvelle politique économique performante et efficace au service de la justice sociale. Il n’y a pas de contradiction entre la nécessité de booster la croissance économique du pays et de promouvoir davantage la justice sociale, a-t-il expliqué, estimant que les deux politiques se complètent dans l’intérêt du pays et de la paix sociale. C’est pourquoi, il est impératif pour le pays d’élargir la couverture de toute la population active par les régimes de retraite, de procéder à une réforme fiscale profonde visant à assurer plus de justice fiscale et plus de recettes au profit de l’Etat, et de mettre fin au système actuel de la compensation, dont les subventions sont détournées au profit d’une véritable caste de rentiers. Ceci dit, l’Etat ne doit en aucun cas renoncer à son rôle de régulateur du marché pour défendre le pouvoir d’achat des larges couches de la population, a-t-il ajouté.

Yahia Mektoub : approfondir le débat autour de l’alternative progressiste du PPS

Pour sa part, Yahia Mektoub, membre du Comité central et responsable dans le secteur de l’emploi et des questions syndicales, a brossé un tableau plutôt critique de la situation dans le secteur estimant nécessaire pour le PPS d’approfondir le débat autour de l’alternative progressiste qu’il propose pour la réalisation du projet social qu’il défend, notant que le bilan de l’actuel gouvernement est insatisfaisant à plusieurs égards. Les droits syndicaux des travailleurs sont bafoués, les salaires sont gelés et les syndicalistes continuent d’être jugés en vertu de l’article 288 du code pénal, a-t-il dit, notant que le déficit social s’aggrave de plus en plus dans des secteurs sociaux comme la santé, l’emploi, l’enseignement, l’habitat et le pouvoir d’achat des larges couches de la population.

Abdeslam Seddiki : rôle prépondérant du PPS dans l’élaboration du programme gouvernemental

Abdeslam Seddiki membre du BP du PPS et ministre de l’Emploi et des affaires sociales a rappelé, dans son intervention, que le parti a joué un rôle prépondérant dans l’élaboration du programme du gouvernement, qui l’engage à réaliser des objectifs sociaux répondant en grande partie à la vision du PPS en la matière.   Il a en outre fait remarquer qu’il est difficile de distinguer le social de l’économique, avançant que la construction d’une route ou autoroute a certes une dimension économique, mais qu’elle revêt aussi une grande importance sociale. C’est le cas aussi d’une entreprise qui emploie un certain nombre de travailleurs, a-t-il ajouté.   Revenant sur la participation du parti au gouvernement, il a rappelé qu’il s’agit d’une décision qui a été prise par le Comité central et qu’il faut assumer jusqu’au bout par le parti en mettant en exergue les réalisations accomplies sans pour autant occulter les insuffisances constatées. Le lancement du RAMED, le projet de diminution des prix des médicaments, la mise en place du fonds de cohésion sociale, l’augmentation de la bourse des étudiants, le renforcement de l’infrastructure universitaire, l’extension de la formation professionnelle, la création d’un fonds de compensation pour perte d’emploi, l’intensification de la lutte contre l’analphabétisme, la reprise du dialogue social avec les syndicats… sont autant de projets réalisés par l’actuelle coalition gouvernementale à laquelle participe le PPS, devenu présent partout au Maroc, a affirmé Seddiki. C’est dans l’intérêt du pays, et des masses qu’il représente, que le PPS a décidé de participer à l’actuel gouvernement, qui a eu le mérite d’avoir réussi à préserver les équilibres macroéconomiques du pays dans un contexte international en crise et réalisé des taux de croissance acceptables, fort appréciés par le FMI, a-t-il précisé.

Belguendouz : l’appréciable initiative du Maroc de régulariser la situation des immigrés

Quant au spécialiste des questions migratoires, Abdelkrim Belguendouz, membre du Comité central du PPS, il a salué l’initiative du Maroc de réserver au dossier des immigrés dans le pays un traitement fondé sur le respect des droits humains, rappelant que quelque 1.152 dossiers ont été acceptés sur 15.253 déposés par des immigrés en situation irrégulière. La situation de nombre d’entre eux a été donc régularisée contrairement à de nombreux autres en attente dont le nombre serait de plus de 40.000 candidats. Selon lui, la mise en application de cette décision se heurte à une série de difficultés relatives surtout à la difficulté pour les candidats de présenter les documents justificatifs demandés.   Evoquant le dossier des Marocains du monde et leur représentation au sein des institutions élues et consultatives, il a fait état d’un certain nombre de dysfonctionnements et d’obstacles qui entravent la mise en œuvre des dispositions de la Constitution (articles 16, 17, 18, 163) concernant notamment le Conseil économique, social et environnemental, la Fondation Hassan II des MRE et la participation des MRE à la vie politique du pays.

Abdelhafid Oualalou : la protection sociale est loin de répondre aux attentes du parti

Abordant l’épineux problème de la protection sociale, Abdelhafid Oualalou, membre du CC du PPS, a estimé que le déficit en la matière s’approfondit de plus en plus et que les solutions avancées ne sont que partielles et conjoncturelles comme le montre la crise que connaissent les régimes de retraite. Malgré les efforts des ministres du PPS au sein du gouvernement, les résultats sont en deçà des attentes, a-t-il dit, estimant que la révision à la baisse des prix des médicaments (1530) pilotée par le ministère de la Santé ne concerne qu’un nombre limité de médicaments dont 30% sont destinés aux hôpitaux publics. Il a également émis des critiques à l’encontre du RAMED dont la mise en œuvre se heurte à une série d’obstacles, estimant que la couverture médicale, que le PPS réclame de toutes ses forces est loin d’être réalisée.

Nouzha Skalli : la prise en compte de l’approche genre doit se traduire par plus d’équité et de justice au profit de la femme

Pour Nouzha Skalli, membre du Bureau politique du PPS, la prise en compte de l’approche genre dans toutes les politiques publiques doit se traduire par plus d’équité et de justice au profit des femmes qui représentent certes plus de 50% de la population marocaine, mais qui s’occupent de l’enfance de ce pays. Rendre justice à la femme marocaine, c’est défendre en fait quelque 70% de la population de ce pays jeune qu’est le Maroc, dont la constitution de 2011 a consacré les droits de l’homme, l’égalité homme-femme et la lutte contre les discriminations faites à la femme. Nouzha Skalli, défenseure de longue date des droits humains, a plaidé pour plus de respect des droits de la femme et de cessation des discriminations dont la femme marocaine est victime en matière de couverture sociale.   Beaucoup de réformes ont été réalisées grâce aux sacrifices consentis par les organisations de défense des droits de la femme et de partis politiques comme le PPS, mais beaucoup de choses restent à faire pour permettre à la femme de jouir de tous ses droits et de participer à la construction du Maroc de la justice sociale, de l’égalité et des droits de l’homme.

M’Hamed Grine: le respect de la dignité de l’homme, pierre angulaire des droits sociaux à promouvoir au Maroc

Pour sa part, M’Hamed Grine, membre du Conseil de la présidence du PPS s’est félicité des différents avis exprimés par les intervenants, soulignant que de telles différences d’appréciation sont de nature à enrichir les thèses du parti et à les rendre plus pertinentes. Il a rappelé dans ce cadre que les droits sociaux, objet de cette rencontre, font partie des droits de l’homme qui sont devenus la première préoccupation des organisations de défense des droits humains et de puissances occidentales comme les Etats-Unis, selon lesquels le respect de tels droits est une condition indispensable pour qu’ils apportent leurs soutiens à des pays comme le Maroc. Il a fait savoir aussi que le respect de la dignité humaine, objectif majeur des droits sociaux, est tributaire du degré de respect des droits de la personne humaine à l’éducation, l’emploi, la santé, l’habitat et de son identité, ajoutant que les disparités sociales structurelles empêchent malheureusement d’atteindre de tels objectifs. Dès l’âge de trois ans, les enfants subissent les méfaits d’une telle situation en fréquentant des écoles publiques ou privées avant de poursuivre leur formation dans tel ou tel établissement pour se préparer à entrer dans le monde du travail, a-t-il dit. C’est pourquoi, il est nécessaire pour le parti de développer un modèle en la matière en appelant notamment à l’institutionnalisation du dialogue social en la matière, a affirmé Grine, émettant l’espoir que le prochain congrès national du PPS constituera une nouvelle étape dans l’œuvre de renforcement du parti et l’unification de ses rangs autour de nouveaux projets innovants.

Said Saâdi : l’édification du Maroc démocratique a besoin d’une coalition populaire de gauche

Prenant la parole, Mohamed Said Saadi, membre du B.P du PPS a estimé que l’édification du Maroc démocratique et la promotion du développement et de la justice sociale dans le pays requièrent l’émergence d’une coalition populaire de gauche, où le PPS retrouve sa place naturelle. Selon lui, le Maroc est loin d’être un modèle en matière de justice sociale puisque les organisations des droits de l‘homme le classent parmi les pays où de tels droits sociaux sont très bafoués. Pour rétablir la situation, l’on a besoin plutôt de développer un modèle vertueux de croissance fondé sur le respect des droits sociaux et le développement des investissements publics visant la création de l’emploi et de la richesse, non pas dans le cadre d’un modèle orienté vers l’exportation, mais plutôt vers la satisfaction des besoins internes. Ce qui devra contribuer, selon lui, à inverser la tendance à travers la création de l’emploi.

Said Safsafi : le dialogue social est en crise

Pour sa part, Said Safsafi, membre du CC du PPS et responsable syndical dans la fonction publique, a estimé que le dialogue social tripartite est en crise, notant qu’on ne peut pas parler de dialogue social sans accords tripartites. Il a rappelé aussi qu’une partie de l’accord du 26 avril n’est pas encore appliquée, que les salaires sont gelés et que les augmentations des prix des hydrocarbures ont porté un cout dur au pouvoir d’achat des masses populaires. Il a fait état aussi de nombre de problèmes déjà abordés par les participants au niveau des régimes de retraite, de la Caisse de compensation et de respect du droit et libertés syndicaux.   Intervenant lors des débats ouverts sur un tel sujet aussi sensible que les questions sociales, nombre de participants à ce forum n’ont pas manqué de souligner la pertinence des thèses du PPS et la justesse de ses positions, alors que d’autres ont abondamment critiqué les moyens mis en œuvre pour la réalisation des objectifs du parti au sein du gouvernement, lui reprochant d’avoir cédé à la pression du parti qui conduit la coalition gouvernementale.