Avorter
Écrit par Mustapha Labraimi –
Le Maroc de 2015 vit entièrement dans son éthique en légiférant sur l’avortement. Au-delà de la normalisation et de la restriction morales, il fallait «agir le mieux possible» pour le bien des Marocaines et des Marocains afin de répondre à un besoin dans un domaine où tout se mêle pour taire l’essentiel, le droit de la femme. Les autorités publiques, à tous les niveaux, les compétences médicales, juridiques et religieuses, ne peuvent plus se soustraire de leurs responsabilités pour trouver une issue autre que la clandestinité, totale ou partielle, ou le risque pouvant entrainer la mort d’une femme.
Dans cette affaire et actuellement, loin des certitudes orgueilleuses, l’appréciation ne peut se faire sur la base d’être pour «la liberté de disposer de son corps» ou de rester «hermétique à toute idée de changement par rapport à la réalité sociale». Sans négliger ce qui nous sépare et ce qui nous unit, il s’agit tout simplement de passer du tabou et de l’occultation pure et simple de l’avortement au droit tel qu’il peut être prononcé et établi dans une société comme la nôtre. Loin de toute surenchère, il nous semble que l’établissement et l’acceptation de la règle de droit, dans le cas de l’avortement qui se discute actuellement, ainsi que l’élévation de son effectivité sont susceptibles d’induire en plus de sa validité, l’efficacité et l’efficience de la loi dans sa mise en œuvre.
L’évolution récente de notre société a montré qu’il existe «des grossesses non prévues et/ou non souhaitées» résultats de conduites inconscientes, de pulsions non maîtrisées, de comportements irresponsables ou simplement «d’accidents» imprévus. Ainsi, certaines statistiques signalent 800 avortements clandestins pratiqués quotidiennement, dans des conditions qui ne sont pas sans conséquences sur la santé de la femme quelque soit sa condition de classe, son âge et son état civil. Aucune femme ne cherche à devenir enceinte pour avorter. L’avortement n’est pas un plaisir ou un acte aussi simple que l’extraction d’une dent de lait. Il est vécu péniblement, avec inquiétude.
Dans le cadre d’un débat public initié par le ministère de la santé, l’analyse de cette détresse a été effectuée et la constitution d’une commission ad hoc a permis aux forces vives de la Nation de s’exprimer sur le sujet. Le Parti du Progrès et du Socialisme s’est investi dans ce processus par ses interventions dans les débats organisés à ce sujet et aussi par la présentation d’un mémorandum afin de cristalliser ses positions sur l’interruption volontaire de la grossesse.
Dans l’humilité, la sérénité et l’objectivité, le PPS s’est évertué de penser au présent sur un problème actuel à l’échelle planétaire. La conformité aux exigences du temps a conduit un certain nombre d’états, parmi lesquels des états musulmans, à lever tout obstacle contre l’IVG. Dans ces états, il est apparu une nette diminution de la mort des femmes enceintes. Au Maroc, 4,2% de la mortalité maternelle relèvent des suites de l’avortement tel qu’il est pratiqué à ce jour, dans la clandestinité; alors que la mortalité suite à des complications survenant lors de l’accouchement est de 5,5%. La préservation de la santé de la femme marocaine et son droit de réaliser son potentiel humain et de vivre la vie qu’elle désire impose la révision du code pénal marocain, notamment dans ses articles allant de 449 à 458.
L’interruption volontaire de la grossesse doit être autorisée en cas de maladie mentale de la mère, de malformation fœtale, de viol, et d’inceste.
L’accès à l’avortement médicalisé et sécurisé permettra sans doute de diminuer l’impact social de l’avortement et des conséquences qui en découlent (crimes d’honneur, tendances suicidaires, expulsion du foyer familial, abandon du nouveau-né…). Le recul de l’avortement sera substantiel suite à l’amélioration de la prévention des grossesses non voulues, de la promotion de la planification familiale, de l’éducation sexuelle des jeunes et de la contraception efficace.
La diminution des inégalités de santé dans notre société, la diminution des écarts entre les riches et les pauvres, entre les populations à faible revenu et à revenu élevé et entre les populations rurales et urbaines, dans le cas de la santé maternelle, néonatale, celle de l’enfance, de l’adolescence et de la jeunesse sont des priorités pour permettre aux Marocaines et aux Marocains de vivre dans la justice sociale et le bienêtre et d’envisager un avenir radieux et prospère.