Synchronisation ?
Écrit par Mustapha Labraimi –
Modernité quand tu nous empoignes! Cela ne date pas d’aujourd’hui que certains combattent la modernité tout en se voulant paraitre modernes. Ce n’est pas du tout évident qu’en complet veston et cravate on soit plus moderne qu’en burnous et turban. Le problème n’est pas en relation avec la condition vestimentaire, l’utilisation d’outils de communication récents ou dans l’expression, fût-elle véhiculée par une oreillette et transmise par une régie invisible.
La modernité n’a jamais été une mode, et encore moins une patente pour composer dans un champ politique en devenir. Elle est basée sur une systématique des comportements dans la société et dans l’expression politique des revendications légitimes de la population.
Faire du quotidien une réalité intelligible pour le comprendre et le transformer, se servir de sa raison pour appréhender justement le rapport de forces dans cette lutte des classes quelque soit ses formes d’expression, remplacer les formes de pouvoir fondées sur la violence et l’arbitraire par la démocratie, proposer un progrès libérateur par le développement des forces productives, encourager la culture nationale à s’émanciper de la tutelle et de l’aliénation … C’est ainsi que l’on devient moderne. Ce n’est pas en l’affirmant du bout des lèvres et en se comportant comme un fieffé réactionnaire que la modernité s’épanouisse et devienne la caractéristique d’une personne ou d’une société. Cela est valable pour tous, autant pour l’acteur politique que pour l’animateur d’une émission télévisée.
La modernité ne se limite pas à la dénonciation, fût elle-cinématographique. C’est ainsi que «la beauté que tu recèles» n’a pas dépassé «le Coiffeur de la rue des Pauvres» dans la conscientisation des masses populaires et leur engagement pour le changement. Elle ne se cantonne pas à la revendication aussi légitime soit-elle. Elle est loin de la provocation infantile et irresponsable. Elle dépasse la fonction tribunitienne pour devenir propositions aptes à être réalisées dans le dépassement de la problématique dominante. Elle n’est pas logorrhée populiste pour faire plaisir et caresser dans le sens du poil un auditoire en mal de vie sans pour autant proposer l’alternative. La modernité est aussi incompatible avec la censure, l’arbitraire, l’injustice et le despotisme, l’utilisation d’une position sociale ou administrative pour mettre à genoux un acteur politique, un média ou simplement un pauvre hère qui cherche à faire valoir ses droits.
La modernité est action pour dépasser ce qui est devenu relique, au sens temporel du terme. La modernité ne se limite pas à la répétition asymptote du dogme. La modernité est une innovation permanente dans les modalités de vivre soi-même et avec les autres. La modernité n’est pas un simple rejet de ce qui est dépassé, encore faut-il le démontrer. La modernité est un processus de transformations qui fait passer la société du clair-obscur où elle se trouvait vers une pratique affirmées de son humanité, vers le bienêtre et la justice sociale.
L’approche des différents partenaires du champ politique national a fait de la modernité un sujet de malentendu qui n’a pu être dépassé politiquement que vers la fin du siècle dernier par l’avènement de l’alternance consensuelle. Il a fallu des années pour que la conviction profonde des patriotes révolutionnaires soit partagée par d’autres. Notre peuple ne peut tolérer une récession où la guerre des tranchées s’accompagne d’un nivellement par le bas des pratiques et des discours politiques.
Etre moderne aujourd’hui au Maroc ne se situe pas dans la pratique de la nuisance et de la confrontation pour la simple raison de paraître. Etre moderne au Royaume du Maroc ne se traduit pas par une action de dévalorisation des avancées réalisées comme elle ne peut se limiter au marketing soutenu par une volonté d’en découdre et de déboulonner des adversaires politiques reconnus par la légitimité du processus démocratique pour lequel tant d’efforts ont été consentis. Il s’agit d’ouvrir des horizons et non pas de les faire noircir plus qu’ils ne sont par la crise du capitalisme.
Etre moderne au Maroc, c’est militer pour assurer les conditions les plus justes et les plus adéquates à notre volonté partagée dans l’édification de l’Etat national démocratique et moderne. C’est aussi soutenir un débat responsable et formateur sur cet objectif sans parasitage. C’est agir pour le bienêtre des Marocaines et des Marocains afin que leurs besoins en éducation, en santé, en alimentation, en logement, en aménagement du territoire, en infrastructure, en loisirs, en sécurité et autres nécessités de la vie quotidienne soient assurés autant que la libération et la liberté.