Mentalités
Le terrorisme tue sur une plage à Sousse en Tunisie, assassine pendant la prière du vendredi à Koweït City et manifeste sa barbarie en Isère, en France. La guerre qui continue au Moyen Orient. La crise grecque qui perdure. Ainsi; de part et d’autre de la Mer Méditerranée, les événements vécus ces jours ne font pas chaud au cœur. A la douleur ressentie s’est ajoutée la peur de voir ce genre de malheur se propager et impacter notre quotidien. D’autant plus que des incidents graves sont relevés par ici et par là. Au cas de la robe d’Inezgane s’est ajouté le lynchage de Fès en moins de quelques heures. L’image du pays est malmenée par les medias et les réseaux sociaux qui trouvent ainsi matière à relever les signes d’une régression d’une société jusque là vantée pour son islam modéré et stabilisateur.
L’impression est que «certains» veulent attiser la confrontation sociale dans notre pays à partir de faits en relation beaucoup plus avec la bêtise humaine qu’avec la réalité d’une société. Une société qui reste certes en « clair obscur » mais qui évolue résolument vers la modernité. Inconnus ou non déterminés avec précision, il est clair que la situation actuelle du Royaume ne les satisfait pas. Alors, chaque fait divers est monté pour qu’il puisse devenir l’interrogation principale sur les dangers et périls qui pèsent sur le Maroc. De tout bord, On s’interroge et on interpelle alors qu’un texte constitutionnel a été adopté par une écrasante majorité pour tordre le cou justement à ces billevesées qui veulent ne pas croire aux avancées certaines de la société marocaine ou à sa capacité de conduire le changement dans la sérénité, la stabilité et un processus démocratique certain.
Ainsi, la taille de la jupe est devenue motif pour atteinte à la pudeur ! Une simple affaire de drague évolue en affaire nationale et la violence cherche à s’imposer au lieu et place de la loi. L’écho développé par les réseaux sociaux se transforme en coups de tonnerre. Dans un autre contexte régional, on aurait crié à la provocation. Par les temps qui courent, le doute cherche à s’infiltrer dans les esprits pour s’interroger sur ce qui est clairement explicite dans la constitution. Faut-il rappeler que le préambule de la constitution commence par affirmer que «Fidèle à son choix irréversible de construire un Etat de droit démocratique, le Royaume du Maroc poursuit résolument le processus de consolidation et de renforcement des institutions d’un Etat moderne, ayant pour fondements les principes de participation, de pluralisme et de bonne gouvernance. Il développe une société solidaire où tous jouissent de la sécurité, de la liberté, de l’égalité des chances, du respect de leur dignité et de la justice sociale, dans le cadre du principe de corrélation entre les droits et les devoirs de la citoyenneté.». La réaction ne passera pas. Elle ne pourra pas faire revenir le Maroc aux années de plomb en faisant croire au «chaos» qui s’installe faute de fermeté et d’un dirigisme mené par une main de fer.
La cohésion de la société marocaine est-elle menacée par un ostracisme de plus en plus manifeste envers la différence? Voudrait-on que les Marocaines et les Marocains capitulent devant la peur; qu’ils deviennent des otages d’une subversion factuelle où l’identitaire se mêle au politique, au social et à l’économique? Le sentiment de désordre, aussi subjectif soit-il, ne peut faire avancer la démocratie. Il lui est antinomique, car il favorise la confrontation au lieu du dialogue. Il compartimente la société dans une guerre des tranchées irréelle mais vécue par procuration en réaction à ce qui se vit ailleurs.
Il faut comprendre clairement que dans un contexte marqué par l’approche des élections, l’agressivité des ennemis jurés (de l’intérieur et de l’extérieur) du processus démocratique dans notre pays cherchera, par tous les moyens qu’ils peuvent, à faire échouer l’expérience actuelle ou tout au moins à la rendre inacceptable. Cela, d’autant plus que la conjoncture économique laisse augurer «un dynamisme soutenu par le redressement continu de la demande extérieure et par les externalités positives attendues de la campagne agricole», il ne leur reste que la surexcitation sur le plan moral et éthique dans ce mois de jeûne. Ils se trompent lourdement car le temps des illuminés rédempteurs est révolu au Maroc depuis fort longtemps.
