Les fossoyeurs de la démocratie !

Saoudi El Amalki
Depuis déjà très longtemps, on se dérobe de ses tâches et se focalise sur la prochaine échéance qui se pointe à l’horizon. A force d’avoir la tête ailleurs, on finit par cumuler les bavures, sur « terre » et en « mer », au point de se faire épingler par les rapports de la cour des comptes. Mais, le sermon de l’audit n’ose pas aller jusqu’au bout de la sentence, à l’instar des homologues de l’« intouchable », quoique leur dossier de «Manarate Al Hoceima» soit irréprochable. On bloque l’exécutif, dompte son cheptel et se prend pour un super ministre, car son statut social le met au dessus du lot. On se permet de promettre monts et merveilles au prochain échéancier, alors qu’on attend ce que la « terre » et la « mer » dont on se charge, au présent mandat, peuvent créer de bon au service des citoyens. Au fil des jours, on jalonne les villes pour prêcher la culture des «festins», comme disait l’autre de la maison. Son cortège ministériel prend la parole et rabâche un vocable creux et un propos amorphe, devant une assistance à «ventres» et «cervelles» évidés. La misère et l’ignorance sont les ennemis jurés de la démocratie, dit-on !
A voir les images des réseaux sociaux à ce propos, on a plutôt la nausée que suscite le haut-le-cœur ! Des citoyens de tous bords, encaqués dans des bus, tel le « bétail » du moussem, sillonnent les «cent» villes pour se goinfrer la panse, s’embourrer la poche et regagner le lieu natal, le sachet empli de restes du banquet salivant. A les approcher sur le chemin du retour au bercail, tout en euphorie d’avoir savouré les délices de la fête, ils ne savent point pourquoi ils sont là ni ce qu’ils ont retenu de cette balade en ville. Quelle manie s’obstine-t-on à planter dans l’esprit de ces milliers d’infortunés qui viennent «brouter» et «s’abreuver», pareil au «cheptel» de la prairie ? A-t-on un peu de respect pour ces compatriotes dont on se paie le luxe d’abattre la dignité, au grand jour ? Quel avenir tisse-t-on pour les jeunes sur lesquels le discours officiel ne cesse de compter en vue de recouvrer la confiance, chasser la désaffection nocive et construire le Maroc de demain, fondé sur les valeurs et les vertus ?
Il semble bien que les habituels fossoyeurs de la démocratie n’ont que faire de tout ce refrain de moralité qui les dégoûte et dont ils ont un spectre d’épouvantail pour leurs propres fortunes. On ne s’attendra pas à ce qu’ils bannissent leurs méthodes sordides, du fait que leurs « protecteurs » ont aussi intérêt à ce que ces viles pratiques restent inchangées. Le chemin de la démocratie est encore long à parcourir et le bout du tunnel n’est pas encore apparu. Il est bien évident que le pays a fait beaucoup de trajet pour parvenir aux phases actuelles de l’essor de nombre de compartiments. Mais, il butte si cruellement encore, en matière de gestion politique de ses institutions, aussi bien au niveau administratif que représentatif. Des maux nuisibles persistent toujours, tel que le laxisme et l’impunité qui rongent encore la vie institutionnelle de la Nation. En fait, on peut enfanter les meilleurs textes du monde à ce propos pour assainir le déroulement des campagnes électorales, à titre indicatif, force est de constater que la rigueur dans leur mise en application fait constamment défaut, face à la réaction et la résistance, à l’image de ce que présentent actuellement comme simple échantillon, les initiateurs de « cent villes, cent jours ! ».