Déclaration du Bureau Politique du Parti du Progrès et du Socialisme

  • Solidarité avec les revendications légitimes exprimées pacifiquement par la jeunesse
  • Appel à adopter une approche fondée sur le dialogue, l’écoute et l’accompagnement et à éviter tout recours à la violence
  • Rejet absolu de toutes les formes de destruction des biens et d’agression contre les forces de l’ordre
  • Le message est parvenu et le risque de dérapage existe, ce qui impose d’éviter la poursuite des protestations violentes afin de préserver l’intérêt général
  • Nécessité d’un changement de cap des politiques publiques pour garantir la dignité et la justice
  • Impératif d’élever le niveau de l’action politique, de renforcer la pratique démocratique et de consolider les mécanismes de médiation sociétale

 

Le bureau politique du Parti du Progrès et du Socialisme a examiné les protestations de la jeunesse et les revendications légitimes qu’elles portent. Ces mobilisations de la jeunesse, qui ont eu lieu dans plusieurs villes de notre pays, ont pour objectif de réclamer une réforme en profondeur de l’éducation et de la santé, la création d’emplois et la lutte contre la corruption et la prévarication. Le Parti du Progrès et du Socialisme, à l’instar de nombreuses forces et composantes de la société, a précédemment alerté le gouvernement sur ces revendications légitimes, ainsi que sur la situation préoccupante qu’elles révèlent et qui appellent l’adoption de mesures fortes pour y répondre, en soulignant, depuis quatre années, l’existence de dysfonctionnements profonds à divers niveaux, particulièrement dans les services publics, et notamment ceux de la santé, de l’éducation et de l’emploi.

Malheureusement, au lieu de répondre à ces appels et mises en garde et d’œuvrer concrètement à satisfaire les attentes des jeunes et les aspirations de larges franges de la population marocaine, le gouvernement s’est obstiné à nier l’écart abyssal entre ses engagements et ses multiples échecs dans la réalité vécue au quotidien. Il a, hélas, fait preuve de dédain, de déni et d’indifférence face à des situations difficiles et préoccupantes, en restant sourd, avec une autosatisfaction excessive et avec une condescendance qui heurte l’opinion publique, en n’ayant de cesse d’affirmer que « tout va bien » et que « ses réalisations sont inédites » !

Dès lors, les expressions protestataires observées dans certaines villes constituent la conséquence naturelle et logique de cette situation. Par conséquent, le Parti du Progrès et du Socialisme souligne ce qui suit :

Premièrement : notre solidarité avec les revendications légitimes exprimées par la jeunesse, et notre conviction que la meilleure manière de traiter les expressions protestataires pacifiques de la jeunesse est le dialogue, l’écoute, l’inclusion, et une attitude empreinte de compréhension, d’esprit positif et d’ouverture.

Deuxièmement : la nécessité de réorienter les politiques publiques en vue d’une amélioration effective des conditions sociales, d’un traitement réel des disparités territoriales, et la prise par le gouvernement de sa responsabilité dans la résolution des causes profondes d’une situation préoccupante. Cela concerne aussi bien les dérives du système de santé, en ce sens qu’au lieu d’élever la qualité des services de l’hôpital public, on constate un essor inédit du secteur privé de la santé, comme l’attestent les dépenses publiques de santé et l’orientation qu’elles prennent, que le monde de l’éducation, où l’on enregistre une dégradation de l’école publique parallèlement au développement notable d’un ensemble d’établissements d’enseignement privés. Si le Parti du Progrès et du Socialisme ne s’oppose pas à l’existence d’un secteur privé responsable et complémentaire dans l’éducation et la santé, il souligne toutefois que le pilier de ces deux domaines vitaux doit demeurer l’hôpital public, l’école publique et l’université publique. Le Parti souligne également la nécessité de prendre des mesures pour remédier aux signes de mauvaise gouvernance, dénoncés par ces milieux de jeunesse, dans la gestion des affaires publiques.

Troisièmement : ces expressions de la jeunesse ne peuvent atteindre leurs objectifs et voir leurs revendications légitimes aboutir, ni obtenir l’écho requis, qu’en conservant leur caractère pacifique, civique et responsable, et en s’abstenant de tout dérapage vers des méthodes violentes à l’encontre des forces de l’ordre ou de toute destruction de biens publics ou privés. De tels débordements sont totalement rejetés et, au Parti du Progrès et du Socialisme, nous ne pouvons les accepter sous quelque prétexte que ce soit, pas plus que nous n’acceptons le recours à des méthodes marquées par la violence ou portant atteinte à la dignité des manifestants et protestataires.

Sur cette base, le Parti du Progrès et du Socialisme adresse un appel pressant à la jeunesse pour qu’elle s’en tienne au caractère pacifique et responsable de la protestation, qu’elle ne cède à aucune provocation et qu’elle s’éloigne totalement de tout comportement violent ou destructeur, car cela porte gravement atteinte aux revendications légitimes exprimées et détourne la dynamique générale des expressions protestataires vers des directions imprévisibles et aux conséquences regrettables.

Quatrièmement : compte tenu des pratiques violentes et inacceptables de certains manifestants dans certaines villes, et par précaution face au risque de leur extension et de leur aggravation, ce qui porterait gravement atteinte au caractère pacifique de la contestation, à la légitimité des revendications et en dénaturerait les finalités au détriment de l’intérêt du pays, des citoyens et d’un fonctionnement institutionnel démocratique sain, le Parti du Progrès et du Socialisme appelle les jeunes manifestants à considérer que leur message a été reçu, que le degré de soutien à leurs revendications est vaste et profond, et que l’intérêt général, dans les circonstances actuelles, commande d’éviter la poursuite de la contestation sous ses formes violentes, afin que le premier mouvement de protestation pacifique demeure une source d’appui pour tous ceux qui plaident pour un changement de cap et une force motrice et de pression en faveur de réformes profondes.

Cinquièmement : il est indispensable que l’ensemble des acteurs, des forces et des relais sociétaux, ainsi que les milieux responsables de la gestion des affaires publiques, prennent pleinement conscience de l’obligation de promouvoir la pratique démocratique et de renforcer les mécanismes d’encadrement et de médiation sociétale, comme les partis, les syndicats, les associations, les institutions et les diverses organisations, dans la perspective de réhabiliter l’action politique noble et de réconcilier les citoyennes et les citoyens, en particulier les jeunes, avec l’espace politique et institutionnel. Cette tâche revêt aujourd’hui un caractère d’urgence, ce qui exige de mettre à disposition, sans délai, des espaces abritant un débat public large et ouvert avec la jeunesse. Le Parti souligne également la nécessité pour toutes ces institutions, d’engager un effort d’analyse approfondi afin de mieux comprendre les mutations que connaît la société marocaine et les aspirations et attentes portées par la jeunesse d’aujourd’hui.

Fait à Rabat, le 1er octobre 2025.